‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 5 sur 224 · CÉSAR · texte numérisé non relu

CÉSAR

Je me suis souvent demandé , honnête Lualh , Quelle sorte de vie mènent les pauvres chiens tels que vous ; Et , quand je voyais l'existence de la gentry, De quelle manière vivaient les pauvres diables.

Notre laird touche ses rentes forcées , Son charbon de terre , sa volaille et toutes ses redevances ; 11 se lève quand bon lui semble ; Sa livrée répond à la- sonnette ; Il demande sa voiture , il demande son cheval ; 11 tire une belle bourse de soie Aussi longue que ma queue , où Greorget De ses yeux jaunes lorgne à travers les mailles.

Du matin au soir on ne fait Que cuire au four, rôtir, frire , bouillir ; Et , quoique la gentry soit la première à se gorger, Cependant môme les gens de l'office s'emplissent le jabot De sauces , de ragoûts et de tant d'ingrédients semblables, Que c'est un vrai gaspillage , ou peu s'en faut. Notre valet , à nous , un petit avorton rabougri , Un misérable nain , ça vous a un dîner Meilleur que pas un des tenanciers Que Son Honneur ait sur toute sa terre :

Quant à ce que les pauvres paysans mettent dans lent panse , J'avoue que cela passô ma compréhension.

1* Nom du diieu de CuthuUin dans le Fingal d'Ossiau.

POÉSIES DE BURMS.

tUATH.

En vérité , César, ils sont parfois assez malheureux ; Un paysan à creuser un fossé , A bâtir un mur avec de sales pierres , A découvrir une carrière , et autres travaux semblables , Se soutient , lui , sa femme Et un tas de petits marmots en guenilles , Et n'a que le travail de ses mains pour leur donner le vivre et le

Et quand il leur arrive de cruels malheurs , [couvert. ]

Tels que la perte de la santé ou le manque de maîtres , Vous croiriez presque qu'un peu plus Ils vont mourir de froid et de faim ; Mais , comment cela se fait , je ne l'ai jamais su , ïls sont , pour la plupart , merveilleusement contents ; Et des garçons vigoureux , et des filles habiles S'élèvent de cette manière.

Mais aussi de voir comme vous êtes dédaignés , Insultés , maltraités et méprisés 1 Seigneur Dieu ! mon cher, notre gentry se soucie si peu Des gens qui bêchent et qui piochent , et de pareil bétail ! . Ils passent aussi arrogants près des pauvres gens Que je ferais près d'un blaireau pourri.

J'ai remarqué , le jour où notre laird rend la justice , Et bien souvent j'en ai eu le cœur triste , Tout ce que de pauvres diables de tenanciers sans argent Ont à souffrir d'injures d'un agent :

11 frappe du pied et menace , sacre et jure ; 11 les fait arrêter, saisit leur avoir ; Et eux doivent se tenir debout d'un air humble , Et tout entendre , et craindre , et trembler 1 Je vois comment vivent ceux qui ont de la fortune ; Mais certes les pauvres gens doivent être bien malheureux I

Ils ne sont pas si malheureux qu'on croirait, Quoique constamment près de tomber dans la misère : Ils sont si accoutumés à sa vue , Qu'elle leur cause peu de frayeur.

Puis la chance et la fortune s'arrangent de telle sorte Qu'ils ont toujours de quoi vivre, plus ou moins ; Et, s'ils sont fatigués par un travail soutenu, Un instant de repos est une douce jouissance.

La plus chère consolation de leur vie , .

Ce sont leurs gros enfants et leurs femmes fidèles ; Les petits babillards font tout leur orgueil Et l** charme du coin du f^u.

i POESIES DE BURNS.

Et parfois quelques sous d'ale

Les rendent tout à fait heureux.

Ils dêiK)sent leurs soucis particuliers,

Pour s'occuper des affaires de l'Eglise et de l'Etat :

Ils parleront du patronage et des prêtres ,

Le sein enflammé de fureur,

Ou diront quelle nouvelle taxe on va mettre ,

Et s'étonneront des gens de Londres.

Quand revient la veille de la Toussaint Avec sa face blême , ils ont les joyeux et bruyants soupers Où la société champêtre de tous les étages Be réunit pour se récréer en commun ;

L'Amour cligne l'œil , l'Esprit donne des coups de poing , et la Oublie que le Souci existe sur la terre. [Gaieté sociable]

Le joyeux jour où l'année commence , On ferme la porte aux vents glacés ; L'aie fume sous sa mousse écumante, Et répand une vapeur qui inspire le cœur ; La pipe et la grosse tabatière

Se passent de main en main avec une obligeance parfaite ; Les vieux causant avec enjouement , Les jeunes faisant les cent coups dans la maison ; — Mon cœur a été si heureux de les voir, Que de joie j'ai aboyé avec eux.

Pourtant, ce que vous avez dit n'est que trop vrai , Pareil jeu ne se joue que trop souvent.

]1 y a quantité de gens estimables, Décents, honnêtes, convenables.

Qui sont arrachés, branches et racines, Pour assouvir la gloutonnerie de quelque orgueilleux coquin , Qui croit s'ancrer mieux Pans la faveur de quelque bon maître , Qui peut-être va au parlement.

Dévouant son âme au bien de la Grande-Bretagne. —

Eh 1 mon garçon , vous n'êtes guère au fait ; Au bien de la Grande-Bretagne ! bon Dieu !

Si vous disiez plutôt : allant où les premiers ministres le conduisent. Et disant tous les oui ou les non qu'ils lui dictent ; S' étalant aux opéras et aux théâtres, Empruntant, jouant, se masquant; Ou peut-être bien , dans un joyeux caprice , 11 pousse jusqu'à La Haye ou Calais, Pour faire un tour, une excursion , Apprendre le bon ton et voir le monde.

Là , à Vienne ou à Versailles , Il fait force brèches aux vieilles économies de son père ;

POESIES DE BUBNS.

Ou il prend la route de Madrid

Pour racler de la guitare et combattre des taureaux ;

Ou il couit.les sites de l'Italie,

Pourchassant les filles de joie sous les bois de myrtes :

Puis il boit les eaux bourbeuses de l'Allemagne

Pour se donner meilleure mine et s'engraisser,

Et effacer les fâcheuses conséquences

Des dons d'amour des signoras de carnaval.

Au bien de la Grande-Bretagne ! A sa destruction !

A force de dissipation , de discordes et de cabale.

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