‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 54 sur 224 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

J'ai long-temps pensé, mon jeune ami ,

À vous envoyer quelque chose , Quand cela ne devrait avoir d'autre but

Qu'un affectueux souvenir ; Mais ce que deviendra mon sujet,

Que le temps et la chance en décident :

Peut-être toumera-t-il en chanson,

Peut-être toumera-t-il en sermon.

Vous allez bientôt vous lancer dans le monde , mon garçon ;

Et, croyez-moi, mon cher André, Vous trouverez les hommes une race étrange,

Et ils pourront vous faire bien du chagrin :

Attendez-vous à des peines et à des soucis,

Même quand votre but est atteint ; Et toutes vos vues peuvent aboutir à rien ,

Quoique chaque nerf ait été tendu.

Je ne dirai pas , les hommes sont tous des scélérats ;

Les méchants réellement endurcis Qui n'ont d'autre frein que la loi humaine

Sont restreints à un petit nombre ; Mais, hélas 1 les hommes sont très-faibles.

Et l'on ne peut guère se fier à eux ; Si l'égolsme dérange la balance chancelante,

Elle est rarement remise droite !

Pourtant ceux qui succombent dans la lutte de la fortune, Nous ne devrions pas censurer leur destinée ;

Car ils^ peuvent toujours également accomplir La fin importante de la vie ;

Un homme peut avoir un cœur honnête , Quoique la pauvreté ait l'œil sur lui à toute heure ;

,Un homme peut prendre le parti d'un voisin ,

. Et pourtant n'avoir pas d'argent à lui donner.

Toujours franc, contez sur-le-champ votre histoire,

Quand vous êtes avec un cœur éprouvé ; Mais gardez toujours pour vous-même quelque chose

Que vous ne dites guère à personne.

Garantissez-vous aussi bien que vous pouvez

Pe |a dissection critique ;

Mais regardez au travers de tous les autres hommes D'un œil subtil et rusé.

A la flamme sacrée d'un amour bien placé

Livrez-vous sans réserve ; Mais ne tentez jamais les voies illicites ,

Quand rien ne devrait le divulguer :

Je laisse de côté la gravité du péché ,

Le hasard du secret ; Mais, hélas 1 il endurcit tout au dedans j

Et pétrifie le sentiment !

Pour attraper un sourire doré de dame Fortune ,

Faites-lui assidûment la cour ; Et amassez de l'argent par toutes les ruses

Qu'autorise l'honneur ; Non pas pour le cacher dans une haie ,

Ni pour traîner une suite après vous ; Mais pour le glorieux privilège

D'être indépendant.

La peur de l'enfer est un fouet de bourreau

Pour maintenir les misérables dans l'ordre ; Mais, quand vous vous sentez retenu par votre honneur,

Que ce soit toujours là votre limite ; A ses. plus légers attouchements, arrêtez-vous sur-le-champ —

Repoussez tous les prétextes détournés, Et observez résolument ses lois ,

Sans vous soucier des conséquences.

Révérer le grand Créateur

Sied assurément à la créature ; Mais abstenez-vous du jargon prêcheur

Et même des traits rigides ; Pourtant, jusqu'à vous égarer avec les esprits profanes,

Ne poussez jamais la complaisance ; Le rire d'un athée est un pauvre dédommagement

Du courroux de la Divinité t

Quand nous sommes lancés dans le cercle des plaisirs,

La Religion peut se perdre de vue , Ou , si elle donne aQcidentellement un coup d'aiguillon ,

Nous y pouvons faire peu d'attention ; Mais, lorsque dans la vie nous sommes battus par la tempête,

Et que la conscience n'est qu'un chancre — Un conmierce établi avec le Ciel

Est à coup sûr une noble ancre t

Adieu, aimable et cher jeune homme I Votre copur ne fera jamais défaut :

402 POÉSIES DE BURKS.

Puisse la prudence, le rourage et la vérité

Tenir tiaut votre front hardi I En termes de laboureur, « Dieu vous envoie la gr&ce »

De devenir chaque jout encore plus sage ; Et puissiez-vous mieux écouter cet avis

Que n'a jamais fait celui qui le donne.

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