SUR LE CAPITAINE MATTHEW HENDERSON
GENTLEMAN QUr TENAIT IMMÉDIATEMENT DU TOUT-PUISSANT LES LETTRES PATENTES DE SES HONNEURS.
Mais maintenant sa course radieuse est achevée , Car la course de Matthcw fut brillante ;
Son âme était comme le soleil splendide, Une lumière céleste et sans égale.
O Mort î tyran cruel et sanguinaire 1 Que le grand diable avec une cerde T entraîne à sa forge noire
Sur dos peaux de hérisson ,
13e POÉSIES DE BURNS.
Et qtie sur son enclume, comme une morue sèche, Il aplatisse tes vieux flancs !
Il est parti ! il est parti ! Il nous a été arraché ,
Le meilleur garçon qui soit jamais né !
La nature elle-même, Matthew, te pleurer«^
Dans les bois et les lieux sauvages , Où, peut-être, la Pitié erre sans secours,
Exilée loin de l'homme.
O vous, montagnes, proches voisines des étoiles,
Qui dressez fièrement vos crêtes de pierre ;
Vous, rochers , demeure des aigles qui voguent dans Tair,
Où l'écho sommeille 1 Allont, jûignez'vous, 6 les plus durs enfants de la Kature,
A mes accents plaintifs 1
Pleurez vous tous , chaque bois connus du ramier 1
Et vous, massifs de noisetiers et buissons d'églantiers !
Et vous , petits ruisseaux serpentant dans vos vallons
Avec un bruit vacillant , Ou tout fumants dans vos bonds rapides
De chute en chute 1
Pletirez, petites campanules de la pelouse; Vous, altières digitales, belles à voir; Vous, chèvrefeuilles qui pendez gracieusement
En odorants berceaux ; Vous , roses sur votre tige épineuse ,
Les premières des fleurs !
A l'aube, quand chaque brin d'herbe
Se courbe, un diamant à la tête ;
Le soir, quand les fèves répandent leur parfum
Dans la brise sonore , Vous, lièvres, qui courez à travers la clairière,
Venez vous joindre à mes lamentations î
Pleurez, vous, petits chanteurs du boi? ;
Vous, coq de bruyère, qui en tondez les bourgeons ;
Vous, courlis appelant à travers un nuage ;
Vous, pluvier siflleur; Et vous , pleure? , couvée gloussante de la perdrix î —
Il est parti pour toujours.
Pleurez, sombres poules d'eau et sarcelles tachetées; Vous, hérons pêcheurs épiant les anguilles; Vous, cane et canard, de cercles aériens Entourant le lac;
POESIES DE BUHNS. 131
Vous, butord, jusqu'à en étourdir le murais, Criez pour l'amour de lui l
Pleurez, raies bruyants à la fin du jour, Dans les chatnps de gale lueeme en flcUr I Et , quand vous prenez votre esBOir annuel
Loin de notre froid rivage, Dites à ces mondes lointains qui gtt dans Id» terré.
Qui nous regrettons l
Vous, cBouettes, du fond de votre bosquet de lierre, Dans quelque vieil arbre ou quelque horrible tour, Depuis l'instant où la lune, avec un regard silencieux,
Avance sa corne.
Passez à gémir les heures ÎUgubnes àe la nuit
Jusqu'au matin vigilant.
O rivières, forêts, montagnes et plaines l Vous avez entendu souvent mes accords joyeux j Mais à présent que me reste-t-il
Que des récits de douleur*?
Oui , de mes yeux des flots de pleurs
Doivent à jamais couler.
Pleure , Printemps , toi le favori de ra«née 1 Chaque calice de primevère gardera une larme. Et toi, Eté, tandis que chaque épi de blé
Darde sa lance.
Coupe tes charmantes tresses vertes et fleuries
Pour celui qui est mort 1
Toi, Automnne, à la chévtlbrê jaurté.
Déchire de chagrin ton pAle tnanteau !
Toi, Hiver, qui pousses au travers de l'éir
Le tourbillon mugissant.
Proclame au loin dans le monde dépouillé
Le mérite de celui que nous avons perdu î
Pleurésie, toi. Soleil, graftde sourde de lumière!
Pleure, impératrice de la nuit silencieuse !
Et vous, brillantes petites étoiles à la lueur clignotante,
Pleurez mon Matthew !
Car, à travers vos sphères, il a pris son vol
Pour ne jamais revenir.
Henderson î l)ighe homme -»- digne frère î Es-tu dohc parti, parti pour jamais? Et as*tu passé cette rivière inconnue.
Terrible limite de lu vie?
43« K)ÊSIES DE BURNS.
Où en trouver un autre tel que toi Dans le monde entier?
Allez à vos tombes sculptées, 6 grands,
Dans tout le clinquant de vos oripeaux de parade !
Moi je visiterai ton honnête gazon,
Homme de mérite 1 Et je pleurerai le sort du meilleur garçon
Qui repose dans la terre !