ÉPITAPHE
Arrête, passant 1 — Mon histoire est courte,
Et je dirai la vérité ; Je ne ferai aucun récit banal de douleur —
Car Matthew était un grand homme.
Si tu as un mérite peu commun.
Mais que tu sois repoussé à la porte de la fortune, Jette ici un regard de pitié —
Car Matthew était un homme pauvre.
Si tu es un noble soldat,
Toi qui passes près de ce tombeau , Ici se réduit en poussière un vaillant coeur —
Car Matthew était un homme brave.
Si sur les hommes, leurs œuvres et leurs voies Tu peux jeter une lueur peu commune,
Ici glt qui aurait obtenu ton éloge — Car Matthew était un homme brillant.
Si à l'appel sacré de l'amitié
Tu es prêt à quitter la vie même.
Ta larme sympathique doit tomber —
Car Matthew était un homme bon.
Si tu es franc et sans tache
Comme l'immuable azur.
Celui-ci était un de tes parents —
Car Matthew était un homme franc.
Si tu as de l'esprit, de la gaieté et du feu, Et que tu n'aies jamais craint le bon vin.
Celui-ci était tes frère, mère et père — Car Matthew était un joyeux homme.
POÉSIES DE Ut'KNS. 133
Si quelque maussade ivrogne de whig Osait blâmer le pauvre Malthew,
Que la peine et le chagrin soient son lot ! Car Matthew était un homme rare.
LAMENTATION DE MARY, REINE d'Ecosse ,
A L*APPROCHB DU PRINTEMPS.
Voici que la nature suspend son manteau vert
Sur cha^iue arbre en fleur, Et étend ses draps de blanches marguerites
Sur tout le gazon de la pelouse :
Voici que Phébus égaie le cristal des ruisseault
Et réjouit les cieux azurés ; Mais rien ne peut réjouir le malheureux harassé
Qui languit dans une dure prison.
Voici que les alouettes éveillent le joyeux matin ,
S' élevant sur leurs ailes humides de rosée ; Le merle , abrité contre l'ardeur du midi ,
Fait résonner les échos des bois ; Le doux mauvis , à force de notes ,
Berce et endort le jour nonchalant :
Ils se réjouissent au sein de l'amour et de la liberté ,
Exempts de soucis et de servitude.
Voici que le lis fleurit près de la colline ,
La primevère au pied du coteau ; L'aubépine bourgeonne dans le vallon ,
Et le prunier sauvage est d'un blanc de lait : Le dernier paysan de la belle Ecosse
Peut errer au milieu de leurs trésors ; Mais moi, la reine de toute l'Ecosse,
Je dois languir dans une forte prison.
J'étais la reine de la belle France,
Où j'étais heureuse ; Je m'éveillais toute légère le matin ,
Et me couchais aussi gaie le soir :
Et je suis la souveraine de l'Ecosse ,
Où il y a bien des traîtres ; Pourtant je languis ici dans des liens étrangers ,
Et dans un souci sans fin.
I3i POESIES DE DURN8.
Mais quant à toi, femme fausse»
Ma sœur et mon ennemie, L'aflreusè Vengeance, pourtant, aiguisera une épée
Qui te traversera le cœur :
Le sang qui pleure dans le sein de la femme
Ne te fut jamais connu, Ni le baume qui coule sur les blessures du malheur,
De l'œil compatissant de la femme.
Mon fils 1 mon fils î puissent des étoiles plus -favorables
Luire sur ta fortune j Et puissent ces plaisirs dorer ton règne,
Qui ne furent jaiBais entrevuo du mien 1 Dieu te garde des ennemis de ta mère ,
Ou tourne leurs cœurs vers toi ; Et quand tu rencontreras l'ami de ta mère,
Souviens-toi de lui pour l'amour de moi l
Oh 1 bientôt, pour moi, puissent les soleils d'été
Ne plus illuminer le matin 1 Puissent pour moi les vents d'automne
Ne plus faire ondoyer le blé jaune 1 Et dans l'étroite maison de la mort
Que l'hiver autour de nu)i se déchaîne, Et que les prochaines fleurs qui pareront le printemps
S'épanouissent sur ma tombe paisible l
A ROBERT GRAHAM, ËSQ.
DE FINTRA.
Dernièrement estropié d'un bras, et maintenant d'une jambe,
Sur le point de demander un permis pour pouvoir mendier j
Lourd, apathique, tracassé, abattu et accablé
(La Nature est ennemie du repos des estropiés),
Le généreux Graham écoutera-t^il la plainte de son poètô
(Cela soulage la pauvre Misère, qu'on prête l'oreille à ses récitsj.
Et l'entendra-t-ii maudire le jour où pour la première fois il vit la
Et doublement maudire le déplorable métier de rimeur? [lumière,]
C'est toi, Nature, partiale Nature j que j'accuse ; C'est de ton caprice maternel que je me plains : Le lion et le taureau ont été l'objet de tes soins; L'un ébranle les forêts , et l'autre frappe du pied la terre : Tu donnes à l'une sa peau, au colimayon sa coquille :
POÉSIES DE BURKS. 135
La guêpe envenimée, victorieuse, garde sa cellule. —
Tes favoris, les rois, défendent, contrôlent, dévorent,
Dans toute l'omniiwtence de la règle et du pouvoir.
Les renards et les hommes d'état combinent des tours subtils ;
L'homme de la cité et le putois sentent mauvais, et sont en sûreté ; .
Le» crapauds avec leur poison , les docteurs avec leur* drogues ,
Le prêtre et le hérisson dans leurs robes, sont à leur aise ;
Môme la fomn^e sotte a ses ruses de guerre ,
Sa langue et ses yeux, lance et dards redoutés.
Mais , hélas 1 aigre et dure marâtre , Pour ton pauvre enfant nu et sans défense — le barde , Etre incapable de recevoir des leçons d'adresse mondaine , Et à moitié idiot, et encore plus dénué de ressources, Point de talons pour le porter loin du sombre cachot, Point de griffes pour creuser, et en éviter l'odieuse vue , Point de cornes, si ce n'est celles portées par l'hymen infortuné, Et celles-là, hélas! nullement la corne d'Amalthée; Point de nerfs olfactifs , comme au chien Adèle de Mammon , Couvert de la fourrure comfortable de la riche stupidité. Dans sa sensibilité nue et dans sa fierté souffrante , 11 supporte des deux côtés le poids de la tempête : Les libraire» vampires lui sucent tout le sang du cœur, £t les critiques scorpions lui lancent leur venin mortel.
Critiques 1 — c'est avec effroi que je hasarde le nom , De ces coupe-jarrets, ces bandits des sentiers de la renommée, Sanglants disséqueurs , pires que dix Monroe ! Il hache pour enseigner, ils déchirent pour dénigrer.
Le cœur tordu, sans motif, pour le plaisir du mal , Poussé à la folie par l'audace des sots; Ses lauriers bien gagnés , plus chers que la vie même , Arrachés par des mécréants , qui n'en doivent jamais porter une Renversé , saignant, torturé dans cette lutte inégale , [branche ;] Le malheureux poète se débat dans la vie , [son sein ,]
Jusqu'à ce qu'aient fui toutes les espérances qui jadis embrasaient Et qu'aient fui toutes les muses qui, glorieuses, l'inspiraient jadis ; S'affaissant dans la vieillesse crasseuse et sans défense, Mort même au ressentiment de sa page injuriée , Il reste inattentif ou insensible à la rage de l'impitoyable critique.
Ainsi , près de quelque haie , le généreux coursier mort, Repas exquis pour les dogues hargneux et affamés, N'ayant plus que la peau et les os à force de travail et de faim , Glt insensible à l'acharnement de tous ces fils de chiennes.
bêtise ! partage des vrais heureux !
Port calme et bien abrité d'éternel repos l Tes fils ne s'emportent jamais aux furieuses extrémités Des glaces polaires ©u de la zone torride de la fortune. Si elle emplit et couronne de mousse la coupe d'or, Ils y boivent avec une modération égoïste et calme ;
Convaincus de bien mériter les dons de sa munificence, [faim.]
Ils s'étonnent seulement que « certaines gens» ne meurent pas de
Le grave et sage héron mange ainsi commodément sa grenouille ,
Et regarde le canard sauvage comme un misérable et vil chien.
Quand le désappointement rompt le fil de l'espérance,
Et qu'ils vont à tâtons dans les ténèbres de la nuit désastreuse ,
Ils le supportent indolemment avec une sourde patience,
Et en concluent simplement que « la fortune n'a soin que des fous. »
Ainsi , soumis au choc de la tempête,
Fort et lourd, se tientau poteaulebœuf stupide. [œuvres des Muses,]
Ce n'est point ainsi que sont les sectateurs extravagants et dés- Ce n'est point ainsi que travaillent leurs cerveaux lunatiques ; Jamais ils ne restent dans l'égalité d'âme :
Tour à tour au plus haut des ciéux, ou sous la voûte de l'enfer.
Je te redoute, Destin implacable et sévère , De toute la peur d'un poète, d'un époux et d'un pèrel Déjà un des retranchements de l'espérance est forcé; Glencairn, cœur vraiment noble, git dans la poussière; Envolé, comme le soleil qui s'éclipse quand midi parait, 11 nous a laissés aveuglés par des torrents de larmes; Oh ! entends mon ardenle , reconnaissante , égoïste prière : Epargne et favorise long-temps Fintra , mon autre appui 1 Couronne ses espérances et ses vœux à travers une longue carrière, Et.que son soleil descende éclatant dans des cieux sans nuages I Puisse le bonheur domestique aplanir sa route privée, Donner de l'énergie à sa vie, adoucir son dernier soupir, En entourant de larmes filiales son lit de mort I