‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 7 sur 224 · CÉSAR · texte numérisé non relu

CÉSAR

Ah ! Seigneur, si vous étiez parfois où je suis , Vous n'envieriez jamais les gens comme il faut.

Il est vrai qu'ils ne sont pas exposés à geler ou à suer Dans les froids de l'hiver ou dans les chaleurs de l'été; Ils n'ont pas de rude travail qui leur brise les os, Et remplisse leur vieillesse de douleurs et de gémissements ; Mais les humains sont de tels fous, Malgré tous leurs collèges et leurs écoles, Que lorsqu'aucun mal réel ne les afflige.

Us se créent eux-mêmes des ennuis ; Et moins ils ont de motifs de tracas, Moins aussi il leur faut de choses pour les tourmenter. Un homme de campagne à la charrue , Une fois ses arpents labourés, est assez heureux ; Une fille de campagne à son rouet, Ses douzaines faites, est très-contente ; Mais les messieurs (et les dames c'est encore pis)

Sont accablés du fiirdoau de leur dcsanivrement ;

Ils languissent dans la par^^se et la fainéantise;

Quoique du diable s'ils en aient sujet , ils sont mal à Taise :

Leurs journées sont insipides , ennuyeuses et fades ;

Leurs nuits, inquiètes, longues et sans repos :

Et même dans leurs divertissements, leurs bals et leurs courses,

Dans leurs cavalcades aux lieux publics,

Il y a tant d'ostentation , tant de pompe et d'art ,

Que le plaisir peut à peine arriver jusqu'au cœur.

Les hommes forment des parties de jeu.

Puis ils se plongent dans de profondes débauches ;

Une nuit, ils sont ivres de boisson et de libertinage;

Le lendemain, la vie leur est insupportable.

Les dames, bras dessus bras dessons, en groupes ,

Se ressemblent par la taille et la grâce comme des sœurs ;

Mais , séparées , écoutez ce qu'elles pensent les unes des autres ,

Elles sont devenues toutes des diablesses et des coquines.

Cependant, dans la toute petite tasse et la petite assiette ,

Elles sirotent gentiment le breuvage de la médisance *;

Ou dans les longues, longues soirées, d'un air maussade ,

Elles se penchent sur les livres peints du diable,

Risquent sur un enjeu la récolte d'un fermier,

Et trichent comme un gibier de potence.

11 y a quelques exceptions, homme et femme ; Mais c'est là conmiunément la vie de la gentry.

Le soleil, cependant, avait disparu.

Et une lueur plus sombre annonçait la nuit ; L'escarbot bourdonnait sa chanson indolente; Les vaches se tenaient mugissantes dans le sentier ; Ils se levèrent et secouèrent les oreilles, Se réjouissant d'être chiens , et non pas honunes; Et ils partirent chacun de son côté , Bien résolus à se rencontrer quelque autre jour.

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