CÉSAR
Ah ! Seigneur, si vous étiez parfois où je suis , Vous n'envieriez jamais les gens comme il faut.
Il est vrai qu'ils ne sont pas exposés à geler ou à suer Dans les froids de l'hiver ou dans les chaleurs de l'été; Ils n'ont pas de rude travail qui leur brise les os, Et remplisse leur vieillesse de douleurs et de gémissements ; Mais les humains sont de tels fous, Malgré tous leurs collèges et leurs écoles, Que lorsqu'aucun mal réel ne les afflige.
Us se créent eux-mêmes des ennuis ; Et moins ils ont de motifs de tracas, Moins aussi il leur faut de choses pour les tourmenter. Un homme de campagne à la charrue , Une fois ses arpents labourés, est assez heureux ; Une fille de campagne à son rouet, Ses douzaines faites, est très-contente ; Mais les messieurs (et les dames c'est encore pis)
Sont accablés du fiirdoau de leur dcsanivrement ;
Ils languissent dans la par^^se et la fainéantise;
Quoique du diable s'ils en aient sujet , ils sont mal à Taise :
Leurs journées sont insipides , ennuyeuses et fades ;
Leurs nuits, inquiètes, longues et sans repos :
Et même dans leurs divertissements, leurs bals et leurs courses,
Dans leurs cavalcades aux lieux publics,
Il y a tant d'ostentation , tant de pompe et d'art ,
Que le plaisir peut à peine arriver jusqu'au cœur.
Les hommes forment des parties de jeu.
Puis ils se plongent dans de profondes débauches ;
Une nuit, ils sont ivres de boisson et de libertinage;
Le lendemain, la vie leur est insupportable.
Les dames, bras dessus bras dessons, en groupes ,
Se ressemblent par la taille et la grâce comme des sœurs ;
Mais , séparées , écoutez ce qu'elles pensent les unes des autres ,
Elles sont devenues toutes des diablesses et des coquines.
Cependant, dans la toute petite tasse et la petite assiette ,
Elles sirotent gentiment le breuvage de la médisance *;
Ou dans les longues, longues soirées, d'un air maussade ,
Elles se penchent sur les livres peints du diable,
Risquent sur un enjeu la récolte d'un fermier,
Et trichent comme un gibier de potence.
11 y a quelques exceptions, homme et femme ; Mais c'est là conmiunément la vie de la gentry.
Le soleil, cependant, avait disparu.
Et une lueur plus sombre annonçait la nuit ; L'escarbot bourdonnait sa chanson indolente; Les vaches se tenaient mugissantes dans le sentier ; Ils se levèrent et secouèrent les oreilles, Se réjouissant d'être chiens , et non pas honunes; Et ils partirent chacun de son côté , Bien résolus à se rencontrer quelque autre jour.