‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 71 sur 224 · COMTE DE GLENCAIRN · texte numérisé non relu

COMTE DE GLENCAIRN

Un vent sourd soufflait des montagnes,

Par intervalles les rayons du soleil qui se retirait Eclairaient les bois jaunissants

Qui se balançaient sur le cours sinueux du Lugar : Sous un roc escarpé, un barde

Chargé d'ans et de peines nombreuses , Avec de grandes lamentations pleurait son seigneur

Qu'avait emporté une mort toute précoce.

Il s'appuyait contre un vieux chêne.

Dont le tronc se détruisait sous la main des ans ; Ses rhevenx étaient blanchis par le temps,

Sa joue pâle était mouillée de larmes ; Et, à mesure qu'il touchait sa harpe tremblante,

Et qu'il jouait son chant plaintif, Les vents, qui se lamentaient dans leurs antres,

Portaient les notes à l'écho.

« Vous, oiseaux dispersés, qui chantez d'une voix faible

Les restes du chœur printanier 1 Vous, bois, qui répandez à tous les vents

Les honneurs de l'année vieillie î Dans le court espace de quelques mois, gais et joyeux,

De nouveau vous charmerez l'oreille et l'œil ; Mais rien dans tout le cours du temps

Ne poilrra me rendre la gaieté.

» Je suis un vieil arbre courbé ,

Qui a long-temps soutenu le vent et la pluie; Mais voici qu'est venu un ouragan cruel ,

Et ma dernière attache à la terre est partie : Aucune de mes feuilles ne saluera le printemps,

Aucun soleil d'été ne fera grandir ma fleur; Mais je dois tomber devant la tempête.

Et d'autres se planteront à ma place.

» J'ai vu tant d'années fécondes en changements ,

Que je suis devenu un étranger sur la terre ; J'erre dans les voies des hommes,

Sans les connaître et sans en être connu :

Ni écouté, ni plaint, ni secouru.

Je porte seul ma charge de soucis; Car silencieux, couchés sur leurs lits de poussière.

Gisent tous- ceux qui auraient pris part à mes chagrins.

» Et enfin (pour comble de douleur î)

Mon noble maître glt en terre ; La fleur de nos hardis barons ,

L'orgueil de son pays — de son pays l'appui. — Maintenant je dépéris comme un être usé ,

Car toute la vie de ma vie est morte, Et l'espoir s'est dérobé à ma vue vieillie,

Envolé à jamais sur son aile impétueuse.

» Une dernière fois éveille ta triste voix , ô ma harpe ,

Ta voix de douleur et de désespoir sauvage l Eveille-toi 1 fais retentir ton dernier chant —

Puis dors désormais en silence 1 Et toi , mon dernier,* mon meilleur, mon unique ami ,

Qui remplis un tombeau précoce ,

Accepte ce tribut du barde Que tu as tiré des plus sombres ténèbres de la fortune.

» Dans la basse et stérile vallée de la pauvreté,

D'épaisses brumes m'enveloppaient de leurs ombres; J'avais beau lever souvent un œil de désir,

Aucune lueur de renommée ne se laissait voir ; Tu me trouvas, comme le soleil du matin

Qui fond les brouillards en air limpide; Le barde sans ami et son chant rustique

Devinrent également l'obyet de tes soins nourriciers.

» Ohl pourquoi le mérite a-t-il une si courte existence,

Quand des coquins ont le temps de mûrir et de blanchir? Faut-il que toi , si noble , §i généreux , si grand ,

Tu tombes dans la fleur vigoureuse de la hardie virilité? Pourquoi ai-je vécu pour voir ce jour?

Un jour pour moi si plein de douleur!

Ohl si j'avais rencontré le dard mortel

Qui a renversé mon bienfaiteur 1

» Le fiancé peut oublier la fiancée,

Qui est devenue sa femme la veille; Le monarque peut oublier la couronne

Qui a été une heure sur sa tète ; La mère peut oublier l'enfant

Qui sourit si charmant sur son genou ; Mais je me souviendrai de toi , Glencaim ,

Et de tout ce que tu as fait pour moi I »

VERS

ENVOYES A SIR JOHN WHITBFOÛRD, BARÛNNKT,

Toi qui révères ton honneur comme ton Dieu ,

Qui , sauf le reproche de ton âme , ne crains rien sur terre,

Je t'adresse cette offrande votive,

Le tribut des larmes d'un cœur brisé.

En lui tu estimais l'ami, moi j'aimais le patron;

Son mérite, son honneur, tout le monde en faisait l'éloge.

Nous pleurerons, jusqu'à ce que nous partions aussi, comme il est

Parle lugubre sentier qui mène à ce sombre mqnde inconnu, [parti,]

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