HUMBLE PÉTITION M L'KAU DE BRUAR
AIT NOBLE mJC] ft'AtMOtH.
( Les chutes de Bruar, dans Athole , sont excessivement belles et pittoresques ; mais leur effet est fort affaibli par le manque d'arbres et d'arbustes.)
My lord , je sais ^ue jamais le malheur
N'assiège en vdih VOttë tieblé ofeillé ; Enhardi par là , je vous prie d'entendre
Votr« humble fekcklve se ^laindCô De ce que les rayons brûlants de l'insolent Phœbus,
Dans tout l'orgudt flamboyant de T^té^ Dessèchent, consument mes torrents écumeux ,
Et boivent mes flots de crystal.
Les truites curieuses , aux sauts légers ,
Qui jouent dans mes eaux , Si , dans leurs élans aventureux et folâtres ^
Elles s'égarent près du bord ; Si, chance malheureuse! elles s'attardent long-temps.
Je suis tellement tari par la chaleuri Qu'elles restent entre les pierres blanchissantes
A se rouler dans ies convulsions de la tnort.
L'autre jour je pleurais de dépit et de chagrin,
Quand le poète Bums passa , D'être vu par un barde,
Mon lit à moitié see :
Même en l'état où j'étais ^ il m'adressa, je crois ^
Des vers louangeurs ; Mais, si j'eusse été dans mé gloire >
Il m'eût adoré à genoux.
Ici , écuraant contre les rocs cachés ,
Je tords ma course vigoureuse; Là mon torrent fume à gros bouillons.
Mugissant en cascade.
Mettant largement à contribution chaque source et fontaine ,
Gomme la nature me les donna,
POËâlES DE BURINS. I«l
Je suis, quoique ce soit moi-même qui le dise , Digne qu'on fasse un mille pour me Yoir.
Si donc il plaît à mon noble maître
D'exaucer mes vœux les plus grands , Il ombragera mes bords d'arbres altiers
Et de beaux arbustes touffus.
Alors , doublement ravi , my lord j
Vous errerez sur mes rives , £t écouterez maint oiseau fecontiaissant
Vous faire de mélodieux remerclinents.
La brune alouette, au gazouillement capricieux,
Aspirera au ciel } . .
Le chardonneret, le plus gài des enfants de la musique,
Joindra sa voix charmante au chœur ; Le vigoureux merle , le linot au gosier clair,
Le mauvis doux et moelleux , Le rouge-gorge pensif, égaieront l'automne ,
Cachés dans toutes ses boucles jaunes.
Cela aussi leur assurera un couvert
pour se préserver dé \A tèfaipêté , Et le lièvre poltron dormira en sécurité ,
GoueM rittfis fton glie M milieu de l'herbe : Ici le berger s'asseoiera
Pour tresser sa couronne de fleurs ; Ou trouvera une retraite sûre où s'abriter
Contre les ondées à la chute rapide.
Et ici , dans un doux et charmant mystèt^ ,
Le couple amoureux se feiiiiohtrerâ , *
Méprisant les mondes avec toute Ifetlr fitKesse
Comme un soin vide et OiseiHt :
Les fleurs rivaliserdtit de charmes
Pour embeilii' Cette heure céleste, Et les bouleaux étendront leurs bras odoriH^lrrtntîi
Pour cacher les tendres ettibrassemeftts.
Ici peut-être aUiSi) à l'aube prihtanière)
Quelque barde rôteur pourra errerj Et contempler la plaine fumante et humide de rosée,
Et la montagne grise de brume 5 Ou , à la lueur de la lune des moisson»
Bigarrant les arbres de teintes douces.
Se livrer à son délire, près de mon torrent qui coule dans l'ombre
Enflant sa voix rauque dans la brise 1
Permettez aux sapins altiers et aux frênes si frais De couvrir mes humbles bords ,
t8i POÉSIES DE BURNS.
Et de voir, en se penchant sur l'étang ,
L humide lit de leurs ombrages !
Permettez aux bouleaux odorants, reviJtus de chèvrefeuilles^
D'orner mes rocs escarpés ; Et, pour le nid du petit chanteur,
L'épine au berceau caché.
Et que puisse l'espoir chéri de la vieille Ecosse ,
Votre petite troupe d'anges.
S'élever, comme ses pères, pour être l'appui
De sa terre natale honorée !
Et que puisse, aussi loin que voit Albion,
De chaque verre empli par l'amitié , l.e bénédicité être — « Les honnêtes gens d'Athole,
^t d'Athole les jolies filles î »
EN EFFRAYANT DES OISBAUX D*EAIT
A LOCH-TURIT,
ENDROIT SAUVAGE DAMS LES MONTAGNES d'OUGHTBRTTRB.
Pourquoi, habitants du lac.
Abandonner pour moi votre humide demeure ?
Dites-moi, créatures mes semblables, pourquoi
A mon aspect fuyez-vous ainsi ?
Pourquoi troubler \fis joyeuses réunions.
Vos liens de parents, de fils, d'alliés? —
Les dons de la nature appartiennent à tous :
Restez paisibles dans votre onde tournoyante,
Affairés, à vous nourrir, ou, folâtres, à vous baigner ;
Ou, sous l'abri du rocher.
Supportez le choc de la vague qui s'enfle.
Rougissant, dans ma conscience, pour notre race, Aisément, trop aisément je m'explique vos craintes : L'homme, cet orgueilleux usurpateur, votre ennemi , Voudrait être maître suprême ici-bas; Il fait fièrement parade de sa liberté , Tyran cruel pour tout le reste.
L'aigle, du haut du roc sourcilleux, Vous désignant en bas pour proie , N'a aucune pitié dans le sein ; Une forte nécessité le pousse.
Mais l'homme, à qui seul est donné Un rayon direct du Ciel compatissant ,
Se glorifie de son cœur humain — Et tue des êtres pour son plaisir.
Dans ces sauvages plaines liquides , Connues des seuls pâtres vagabonds , Où erre 4e ruisseau couvert de mousse Loin des demeures et des voies humaines ; Vous comptez sur .la nature , Et coulez paisibles le pauvre temps de votre vie.
Ou si la force supérieure de l'homme Ose usurper votre droit natal , Portés sur le sublime éther, Vous méprisez l'homme avec toute sa puissance ; Vous cherchez vite, sur vos ailes sonores, D'autres lacs et d'autres sources ; Et l'ennemi que vous ne pouvez braver, Yous dédai^ez du moips d'être ses esclaves.