‹ Poésies complètes de Robert Burns;Chapitre 80 sur 224 · HUMBLE PÉTITION M L'KAU DE BRUAR · texte numérisé non relu

HUMBLE PÉTITION M L'KAU DE BRUAR

AIT NOBLE mJC] ft'AtMOtH.

( Les chutes de Bruar, dans Athole , sont excessivement belles et pittoresques ; mais leur effet est fort affaibli par le manque d'arbres et d'arbustes.)

My lord , je sais ^ue jamais le malheur

N'assiège en vdih VOttë tieblé ofeillé ; Enhardi par là , je vous prie d'entendre

Votr« humble fekcklve se ^laindCô De ce que les rayons brûlants de l'insolent Phœbus,

Dans tout l'orgudt flamboyant de T^té^ Dessèchent, consument mes torrents écumeux ,

Et boivent mes flots de crystal.

Les truites curieuses , aux sauts légers ,

Qui jouent dans mes eaux , Si , dans leurs élans aventureux et folâtres ^

Elles s'égarent près du bord ; Si, chance malheureuse! elles s'attardent long-temps.

Je suis tellement tari par la chaleuri Qu'elles restent entre les pierres blanchissantes

A se rouler dans ies convulsions de la tnort.

L'autre jour je pleurais de dépit et de chagrin,

Quand le poète Bums passa , D'être vu par un barde,

Mon lit à moitié see :

Même en l'état où j'étais ^ il m'adressa, je crois ^

Des vers louangeurs ; Mais, si j'eusse été dans mé gloire >

Il m'eût adoré à genoux.

Ici , écuraant contre les rocs cachés ,

Je tords ma course vigoureuse; Là mon torrent fume à gros bouillons.

Mugissant en cascade.

Mettant largement à contribution chaque source et fontaine ,

Gomme la nature me les donna,

POËâlES DE BURINS. I«l

Je suis, quoique ce soit moi-même qui le dise , Digne qu'on fasse un mille pour me Yoir.

Si donc il plaît à mon noble maître

D'exaucer mes vœux les plus grands , Il ombragera mes bords d'arbres altiers

Et de beaux arbustes touffus.

Alors , doublement ravi , my lord j

Vous errerez sur mes rives , £t écouterez maint oiseau fecontiaissant

Vous faire de mélodieux remerclinents.

La brune alouette, au gazouillement capricieux,

Aspirera au ciel } . .

Le chardonneret, le plus gài des enfants de la musique,

Joindra sa voix charmante au chœur ; Le vigoureux merle , le linot au gosier clair,

Le mauvis doux et moelleux , Le rouge-gorge pensif, égaieront l'automne ,

Cachés dans toutes ses boucles jaunes.

Cela aussi leur assurera un couvert

pour se préserver dé \A tèfaipêté , Et le lièvre poltron dormira en sécurité ,

GoueM rittfis fton glie M milieu de l'herbe : Ici le berger s'asseoiera

Pour tresser sa couronne de fleurs ; Ou trouvera une retraite sûre où s'abriter

Contre les ondées à la chute rapide.

Et ici , dans un doux et charmant mystèt^ ,

Le couple amoureux se feiiiiohtrerâ , *

Méprisant les mondes avec toute Ifetlr fitKesse

Comme un soin vide et OiseiHt :

Les fleurs rivaliserdtit de charmes

Pour embeilii' Cette heure céleste, Et les bouleaux étendront leurs bras odoriH^lrrtntîi

Pour cacher les tendres ettibrassemeftts.

Ici peut-être aUiSi) à l'aube prihtanière)

Quelque barde rôteur pourra errerj Et contempler la plaine fumante et humide de rosée,

Et la montagne grise de brume 5 Ou , à la lueur de la lune des moisson»

Bigarrant les arbres de teintes douces.

Se livrer à son délire, près de mon torrent qui coule dans l'ombre

Enflant sa voix rauque dans la brise 1

Permettez aux sapins altiers et aux frênes si frais De couvrir mes humbles bords ,

t8i POÉSIES DE BURNS.

Et de voir, en se penchant sur l'étang ,

L humide lit de leurs ombrages !

Permettez aux bouleaux odorants, reviJtus de chèvrefeuilles^

D'orner mes rocs escarpés ; Et, pour le nid du petit chanteur,

L'épine au berceau caché.

Et que puisse l'espoir chéri de la vieille Ecosse ,

Votre petite troupe d'anges.

S'élever, comme ses pères, pour être l'appui

De sa terre natale honorée !

Et que puisse, aussi loin que voit Albion,

De chaque verre empli par l'amitié , l.e bénédicité être — « Les honnêtes gens d'Athole,

^t d'Athole les jolies filles î »

EN EFFRAYANT DES OISBAUX D*EAIT

A LOCH-TURIT,

ENDROIT SAUVAGE DAMS LES MONTAGNES d'OUGHTBRTTRB.

Pourquoi, habitants du lac.

Abandonner pour moi votre humide demeure ?

Dites-moi, créatures mes semblables, pourquoi

A mon aspect fuyez-vous ainsi ?

Pourquoi troubler \fis joyeuses réunions.

Vos liens de parents, de fils, d'alliés? —

Les dons de la nature appartiennent à tous :

Restez paisibles dans votre onde tournoyante,

Affairés, à vous nourrir, ou, folâtres, à vous baigner ;

Ou, sous l'abri du rocher.

Supportez le choc de la vague qui s'enfle.

Rougissant, dans ma conscience, pour notre race, Aisément, trop aisément je m'explique vos craintes : L'homme, cet orgueilleux usurpateur, votre ennemi , Voudrait être maître suprême ici-bas; Il fait fièrement parade de sa liberté , Tyran cruel pour tout le reste.

L'aigle, du haut du roc sourcilleux, Vous désignant en bas pour proie , N'a aucune pitié dans le sein ; Une forte nécessité le pousse.

Mais l'homme, à qui seul est donné Un rayon direct du Ciel compatissant ,

Se glorifie de son cœur humain — Et tue des êtres pour son plaisir.

Dans ces sauvages plaines liquides , Connues des seuls pâtres vagabonds , Où erre 4e ruisseau couvert de mousse Loin des demeures et des voies humaines ; Vous comptez sur .la nature , Et coulez paisibles le pauvre temps de votre vie.

Ou si la force supérieure de l'homme Ose usurper votre droit natal , Portés sur le sublime éther, Vous méprisez l'homme avec toute sa puissance ; Vous cherchez vite, sur vos ailes sonores, D'autres lacs et d'autres sources ; Et l'ennemi que vous ne pouvez braver, Yous dédai^ez du moips d'être ses esclaves.

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