Le thé. {N. d. trmi
Qu'ils nous persécutent de leurs histoires et de leurs noms maus- £t nous en écorcbent les oreilles ; [sades J
Je chante la liqueur que l'orge d'Ecosse sait nous faire En verre ou en pot.
O toi , ma muse 1 bonne vieille boisson écossaise , Soit que tu circules dans les serpentins tortueux , Ou que , richement brune , tu mousses parKlessus les bords
En glorieuse écume , Aide-moi , jusqu'à ce que je balbutie et cligne de l'oçil ,
A chanter ton nom !
Que le froment cossu orne les vallées ,
Et que les avoines dressent leur corne barbue ,
Et que les pois et les fèves , soir ou matin ,
Parfument la plaine ; Je suis fier de toi, Jean Grain d'Orge,
Toi le roi des Grains !
C'est de toi souvent que se nourrit l'Ecosse , En gâteaux flexibles , élite des aliments !
Ou jeté dans le flot bouillant
Avec les choux verts et le bœuf; Mais lorsque tu verses le sang de ton coeur pleiii de foret ,
C'est surtout alors que tu brilles.
La nourriture emplit le ventre et nous tient vivants , Quoique la vie soit un présent qui ne vaut pas qu'on l'accepta Lorsqu'on la traîne lourde de peine et de chiagrin ;
Mais , huilées par toi , Les roues de la vie descendent allègrement la pente
Avec un joyeux bruit.
Tu éclaircis les idées du Savoir alourdi ; Tu réjouis le cœur du Souci languissant ; Tu raffermis les nerfs du Travail
A sa tâche pénible; Tu illumines même le sombre Désespoir
D'un ténébreux sourire.
Souvent, revêtu d'un habit d'argent massif,
Tu dresses la tôte au milieu des grands ;
Mais humblement serviable au temps du besoin ,
Le vin du pauvre , Son petit pudding de gruau , ou son pain ,
Tu lui tiens lieu de toute une cuisine.
Tu es la vie des réunions publiques ;
Sans toi, que seraient nos foires et nos fôtes?
Même les pieuses assemblées des saints ,
8 POÉâlES DE BURKS.
Inspirées par toi , Quand , bouche béante , elles assiègent les chaires en plein vent , Sont doublement ferventes.
Ce joyeux soir où nous rentrons le grain ,
Avec quel charme alors tu mousses dans la corne !
Ou fumant, le matin du nouvel an ,
Dans lebowl ou la jatte de bois, Avec une petite goutte d'esprit brûlée dedans ,
Et du sucre savoureux !
Quand Vulcain gonfle de vent ses soufflets ,
Et que les paysans se rassemblent avec leurs outils ,
Oh î c'est merveille de te voir siffler et écumer
Dans la tasse de bois à anse !
Alors brûle-vent * avance comme la mort
A chaque coup.
Pas de merci , alors , pour le fer ou l'acier ;
Le charnu , ossu , jeune paysan
Fait rouler vigoureusement et tomber à tour de bras
Le fort marteau , Jusqu'à ce que billot et enclume résonnent et chancellent
Sous son bruit étourdissant.
Quand les enfants criards voient la lumière-,
Tu fais babiller bel et bien les commères
Sur le peu de cas que les sots maladroits font de leurs chéries ;
Maudit soit le nom !
Aucune sage-femme n'a une soirée agréable ,
Ni un sou d'eux.
Quand des voisins sont en procès ,
Et aussi furieux qu'il est possible de l'ôtre ,
Combien aisément le jus de l'orge peut
Concilier la querelle !
De tous les honoraires d'avocat le moins cher,
C'est de recourir au baril.
Hélas I faut-il que ma muse ait sujet
D'acx'user ses compatriotes de trahison 1
Mais beaucoup humectent journellement leur trachée-artère
Avec d'agréables liqueurs , Et c'est à peine si , une fois dans tout l'hiver,
Ils lui en demandent le prix.
Fi de l'eau-de-vie , cette drogue brûlante !
Source cruelle de mainte douleur et maladie subite !
l Le forgeron. {N. d. trad.î
POESIES DE BLRNS. 9
Elle enlève à maint pauvre ivrogne , hébété et stupide ,
La moitié de ses jours; Et envoie, de plus, l'argent de la vieille Ecosse
A ses plus grands ennemis.
Vous , Ecossais , qui voulez du bien à la vieille Ecosse 1
C'est à vous surtout que je parle ,
Pauvres diables sans un liard ainsi que moi !
Il vous est nuisible D'avoir affaire aux vins amers et coûteux ,
Ou à la liqueur étrangère.
Puisse la gravelle déchirer sa vessie , Et la goutte le torturer pouce à pouce , Celui qui tord sa face d'un air
D'aigre dédain A l'offre d'un verre de punch de whisky
Avec d'honnêtes gens.
O whisky l âme des jeux et des badinages 1 Accepte les humbles remerclments d'un barde I Quand tu me manques , combien criards et discords
Sont mes pauvres vers 1 Tu viens , ils résonnent à leur rang ,
Au c-1 l'un de l'autre 1
O toi , Ferintosh I si cruellement perdu !
Ecosse, gémis de côte en côte 1 Maintenant la colique et la coqueluche
Peuvent nous tuer tous ; Car le bateau frété du loyal Forbes
Est pris !
Ces maudites sangsues de l'accise , Qui font leur butin des alambics à whisky î Lève ta main , diable ! une fois , deux fois , trois fois !
Allons , saisis-moi ces drôles 1 Enfourne-les dans des pâtés de soufre ,
Pour les pauvres buveurs damnés î
Fortune l si seulement tu veux m'assurer
Des culottes en bon état, un pain, et un quart de pinte de whisky,
Et force rimes pour extravaguer à volonté ,
Prends tout le reste , Et fais tes affaires comme ton aveugle habileté
Te dirigera le mieux.