‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 105 sur 150 · EN REVENANT DU CONVOI DE GABRIELLE · texte numérisé non relu

EN REVENANT DU CONVOI DE GABRIELLE

Quand, de la jeune amante, en son linceul couchée Accompagnant le corps, deux Amis d'autrefois.

Qui ne nous voyons plus qu’à de mornes convois,

A cet âge où déjà toute larme est séchée ;

Quand, l’office entendu, tous deux silencieux. Suivant du corbillard la lenteur ({ui nous traîne. Nous pûmes, d9,ns le fiacre où six tenaient à peine. L’un devant l’autre assis, ne pas mêler nos yeux.

Et ne pas nous sourire, ou ne pas sentir même Une prompte rougeur colorer notre front.

Un reste de colère, un battement suprême D’une amitié si grande et dont tous parleront ;

Quand, par ce ciel funèbre et d’avare lumière.

Le pied sur cette fosse où l’on descend demain. Nous pûmes jusqu’au bout, sans nous saisir la main Voir tomber de la pelle une terre dernière ;

Quand chacun, tout fini, s’en alla de son bord.

Oh ! dites 1 du cercueil de cette jeune femme.

Ou du sentiment mort, abîmé dans notre àme. Lequel était plus mort ?

PENSÉES D’AOUT

SONNET

Quoi ! vous voulez, par bonté, quelquefois,

Pour épargner ma paupière un peu tendre,

Un peu lassée, au soir, me faire entendi’e.

Lu par vous-même, un livre de mon choix !

Vous liriez tout, Fauriel et Gaulois* ;

Et le sujet, à fond, me viendrait prendre.

Dans le fauteuil où j’oserais m’étendre. Indifférent à l’accent de la voix !

Mais voti'e voix, c’est la couleuvre vive Insinuante et limpide et furtive.

Col gracieux et de gris nuancé !

La voir courir est chose trop peu sûre ;

Elle est sans dard, et je crains sa piqûre ;

Ou, tout au moins, je crains d’être enlacé.

1. L'excellente Histoire de la Gaule méridionale, par M. Fauriel, avait paru vers ce temps, mais un peu importante et sérieuse pour être lue à deux en cette façon.

PENSÉES D’AOUT

A LA DAME

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