Le lac des Quatrc-Canlons
PENSÉES D’AOUT. 403
J’allais, au vent qui chasse intrigue et petitesse, Aspirer le saint but qu’on ne pourra ternir;
Peut-être, aux fiers serments pour cette cause aimée J’allais redire encor : Ce n’était pas en vain !
Ce qui se joue ailleurs n’est que bruit et fumée.
N'est que boue et poussière ; atteignons à la fin I
Et j’ai touché ces lieux de si sévère attente,
J’ai vu leur grandeur simple, et j’ai tout admiré : Mais rien qu’eux n’a brillé dans mon àme éclatante. Et mon passé plutôt, tout d’abord, a pleuré.
Il a pleuré de voir ce Rutli des vieux âges. Perpétuelle source à de durables mœurs,
E’bumble chapelle encore au bas des rocs sauvages. Et le héros toujours salué des rameurs.
Amertume et dédain que les gloires taries,
Quand les mots ont tué toute vertu d’agir.
Quand l’astuce et la peur... ! Heureuses les patries Dont on peut repasser les grands jeurs sans rougir !
Tel donc, o mes Amis, au lac, à la montagne J’allais, cherchant en moi ce qui se retirait.
Mais quand, las de chercher, au vallon qui me gagne Je suis venu m’asseoir sous votre toit secret.
J’ai vu la paix du cœur, l’union assurée.
Le saint contentement des biens qu’on a trouvés.
Et les grâces au Ciel pour leur seule durée.
Et le renoncement des autres biens rêvés ;
J’ai vu l’intelligence en sa démarche à l’aise.
Sans s’user au détour, suivant un but voulu ;
L’étude simple et haute où trop d’essor s’apaise :
En face des grands monts, Dante parfois relu ;
Plîx^SlîES D’AOUT.
Parfois, la poésie en prière élancée,
Du même heureux sillon laissant monter deux voix Vos destins s’enfermant, mais non votre pçnsée,
Et le monde embrassé du rivage avec choix.
Des vrais dons naturels j’ai compris l’assemblage, La force antique encore et l’antique douceur ;
Et causant d’aujourd’hui, de ce Paris volage,
A table je goûtais le chamois du chasseur.
Ce que je n’ai pas dit à la montagne austère,
A la chapelle, au lac qui m’a laissé mon deuil.
Mes Amis, je le dis à l’ombre salutaire,
Au foyer domestique, au cordial accueil.
Aux vertus du dedans, partout, toujours possibles. Au bonheur résigné, sobre et prudent trésor.
Au devoir modérant les tendresses sensibles :
Amis, en vous quittant, — Salut! je crois encore !
Aigle.
A MADAME V
Jamais je n’ai couru lacs, montagnes et plaines.
Ou les hameaux épars, ou les cités si pleines,
Tant d’échos où de nous nul bruit ne retentit.
Sans mieux sentir en moi, d'impression profonde, Combien grand est le monde ;
Combien l’homme petit !
Je n’ai jamais, de près, vu la ville où je passe.
Les secrets coins du monde où le hasard me chasse. Sans admirer leur prix hors de nos vains débats.
PENSÉES D'AOUT
De tant d'esprits divers sans saluer le nombre, Plus solide dans l'ombre Et qu’on ne saura pas.
Je n’ai jamais vécu d'hospitalière vie,
Pèlerin de passage, au toit qui me convie.
Sans éprouver qu'il est encor de bonnes gens,
Des justes à sauver la vertu sur la terre,
A consoler le Père Dans les deux indulgents.
Non plus, je n'ai jamais, au retour d’une absence, Revu Paris si cher, sans mieux voir sa puissance, Sans J plus admirer tant de noms rattachés ; Surtout sans raccourir, d’une amitié plus tendre, Vers qui veut bien m’attendre,
Vers les amis cachés !
SONNET
. . . 10â'/'.r|V eÙSei'eàov.
Bene-objacentem-occidenti Ithacani.
Homère, Odyssée.
J’aime Paris aux beaux couchants d’automne, Paris superbe aux couchants élargis.
Quand sur les quais du soleil tout rougis,
Le long des ponts, je m’arrête et m’étonne.
Rompant au fond la splendeur monotone,
L’Arc de triomphe et ses pans obscurcis Semblent s’ouvrir au vainqueur de Memphis,
Qui les emplit de l’or de sa couronne.
PENSÉES D’AOUT
Mieux qu’un vainqueur, c’est un Roi-Mage encor, Qui, vieillissant, verse tout son trésor;
Ou c’est Homère épanchant l’Odyssée,
Car ce matin j’en lisais de doux chants Et je m’en vais mêlant dans ma pensée Avec Paris Ithaque aux beaux couchants.