A MADEMOISELLE ÉLIZA-WILHELMINE
Puisqu’à tout coup sa vive raillerie S’échappe et brille en gai pétillement, Puisqu’un lutin de grâce et de féerie Toujours dérobe un coin de sentiment;
Puisqu’amusés par ce propos charmant, D'elle on ne voit ce qui rêve ou qui prie,
Et qu’à tous yeux cette gaieté chérie Soir et matin fait un déguisement,
O Poésie, ouvre-nous le mystère;
Fais-lui trahir ce que son cœur veut taire. Ses hauts instincts, cette fois non railleurs,
Quand vient la Nuit comme une sœur voilée,
Et qu’en silence à la voûte étoilée
Monte son rêve, et que tombent ses pleurs !
Oh! laissez-moi quand la verve affaiblie Par les coteaux m’égare avec langueur.
Quand pourtant la mélancolie Demande à s’épancher du cœur,
Oh! laissez-moi du poète que j’aime Bégayer le vague et doux son.
Glaner après lui ce qu’il sème,
NOTES ET SONNETS
Et de Collins, d’Uhland lui-même Émietter quelque chanson.
Je vais, traduisant à ma guise Un vers que je détourne un peu; C'est trop ma douceur et mon jeu Pour qu’autrement je le traduise.
C'est proprement sur mon chemin Tenir quelque branche à la main Que j'agite quand je respire.
C’est sous mes doigts faire crier, C’est mâcher un brin de laurier.
Comme nos maîtres Posaient dire.
Quel mal d’avoir entrelacé.
Même d’avoir un peu froissé Deux fleurs dans la même couronne?
La fleur se brise dans l'essai ;
L’arbre abondant me le pardonne.
Et puis j’y mêle un peu de moi.
Et ce peu répare ma faute.
Souvent je rends plus que je n'ôte Par un nouvel et cher emploi.
Ainsi, quand, après des journées D’étude et d'hiver confinées,
Je quitte, un matin de beau ciel.
Mon Port-Royal habituel ;
Si devant mon cloître moins sombre.
Au bord extrême du préau.
M’avançant, je vois passer l'ombre.
Ombre ou blanc voile et fin chapeau De jeune fille au renouveau Courant au tournant du coteau,
Alors, pour peindre mon nuage, Sl’appliquant tout à fait l'image
Du Brigand près du chemin creux, L'hland, j’usurpe ton langage;
Et, si je n’en rends le sauvage;
J’en sens, du moins, le douloureux.