LE BRIGAND
IJIITÉ d’uHLAND.
Un jour (en mai) de fêle et de lumière.
Au front du grand bois éclairci.
Sortit le Brigand; et voici Qu’au chemin creux, sous la lisière.
Jeune fille passait sans rien voir en arrière.
« Oh! passe ainsi! quand ton panier de mai.
Au lieu de fraîches violettes,
Tiendrait joyaux, riches toilettes,
Quel sentier te serait fermé? »
Pensait le dur Brigand au front sombre allumé.
Et son regard aux fortes rêveries Suit longtemps et va protéger La jeune fille au pas léger Qui déjà gagne les prairies Et glisse blanche au loin, le long des métairies;
Tant qu’à la fin, une haie au détour Couvrant la blancheur de la robe.
L’aimable forme se dérobe...
Pourtant le Brigand, à son tour.
Rentre à pas lents au bois, sous ses sapins sans jour.
• NOTES ET SONNETS
SONNETS
Como la rena quando ’l turbo spira.
Dante, Inferno.
En mars quand vient la bise, et qu’après le rayon. Après des jours d’haleine attiédie et gagnante,
Sur la terre encor nue et partout gerininante. Comme en derniers adieux, s’abat le tourbillon;
Quand du lac aux coteaux, des coteaux au vallon J’erre, le front au vent, sous sa rage sonnante, Qu’aux pics la neige luit plus dure, rayonnante,
Oli! qui n’est ressaisi du démon d’Aquilon?
Que devient le bon ange? où Béatrix est-elle?
Et toi, toi que j’aimais, apathique et cruelle!
Tout vous balaie en moi, tout vous chasse dans l’air.
J\Ion cœur joyeux se rouvre à ses âpres furies :
Aux crins des flots dressés, accourez, Valkiries !
La nature est sauvage, et le lac est de fer.
AgU occhi miei ricominciô diletto.
Dante, Purgatorio.
Mais la bise a passé. Revient la douce haleine, Revient l’éclat céleste au bleuâtre horizon,
La violette rit dans son rare gazon;
La neige brille aux monts sans insulter la plaine.
NOTES ET SONNETS
Que d’aspects assemblés! sur la hauteur prochaine Ce massif de bois nu, dans sa sobre saison;
En bas le lac limpide, où nagent sans frisson Les blancs sommets tout peints d’un bleu deporcelaine.
Pauvre orage de l’àme, où donc est ta rigueur? Qu’as-tu fait de tes flots, orage de mon cœur?
Je sens à peine en moi les rumeurs expirantes.
J’aime ce que j’aimais; un souvenir pieux
Sur ces coteaux nouveaux me redit d’autres lieux.
Et je songe au passé le long des eaux courantes.
Aile stelle I Dante,
Et je songe au passé, peut-être à l’avenir.
Peut-être au bonheur même en sa vague promesse. Au bonheur que promet un reste de jeunesse,
Et qu’un cœur pardonné peut encore obtenir.
Pardonne-lui, Seigneur, et le daigne bénir;
Retiens sa force errante, ou force sa faiblesse,
Pour qu’en toute saison ton souffle égal ne laisse Ni désir insensé, ni trop cher souvenir.
Qu’il se reprenne à vivre, en espoir de la vie;
Que, sans plus s’enchaîner, il trouve qui l’appuie,
Qui lui rapprenne à voir ce qu’il s’est trop voilé;
Pour que monte toujours, même dans la tourmente. Même sous le soleil, dans la saison clémente,
Mon regard pur, fidèle au seul pôle étoilé !
NOTES ET SONNETS