‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 132 sur 150 · A M ARM 1ER · texte numérisé non relu

A M ARM 1ER

Le vieux Slave est tout cœur, ouvert, hospitalier, Accueillant l’étranger comme aux jours de la fable. Lui servant l’abondance et le sourire affable.

Et même, s’il s’absente, il craint de l’oublier :

Il garnit, en partant, son bahut de noyer;

La jatte de lait pur et le miel délectable.

Près du seuil sans verrous, attendent sur la table.

Et le pain reste cuit aux cendres du foyer.

Soin touchant! doux génie! ainsi fait le Poète :

Son beau fruit le plus mùr, sa fleur la plus discrète, 11 l’abandonne à tous ; il ouvre ses vergers.

Et souvent, lorsqu’ainsi vous savourez son âme. Lorsqu’au foyer pieux vous retrouvez sa flamme. Lui-même il est parti vers les lieux étrangers !

NOTES ET SONNETS

SONNET

IMITÉ DE RUCKERT

Et moi je fus aussi pasteur en Arcadie;

J’y fus ou j’y dois être, et c’est là mon bercean, Mais l’exil m’en arrache : à l’arbuste, au roseau Je vais redemandant flûtes et mélodie.

Où donc est mon vallon? Partont je le mendie.

Une femme aux doux yeux qui montait le coteau : « Suis-moi, dit-elle, allons à ton vallon si beau. »

Je crois; elle m’entraîne et fuit : ô perfidie!

Une autre femme vient et me dit à son tour :

« Celle qui t’a trompé, c’est Promesse d'amour;

Moi je suis Poésie, et n’ai point de mensonge.

Dans ta chère Arcadie, au delà du réel.

Je te puis emporter, et sur un arc-en-ciel.

Mais d’esprit seulement! — Vois s'il suffit du songe! »

SONNET

IMITÉ DE BOWDES

Comme, après une nuit de veille bien cruelle, Un malade en langueur, affaibli d’un long mal, Que n’a pas réjoui le doux chant matinal Et sa vitre égayée où frappe l’hirondelle.

NOTES ET SONNETS

Se lèTe enfin, et seul, où le rayon l'appelle.

Se traîne ; il voit le ciel, l'éclat oriental,

Les gazons rafraîchis et d’un vert plus égal,

Les coteaux mi-voilés dans leur pente plus belle ;

Quelque blancheur de nue argente l’horizon; Tout près distinctement, il écoute au buisson.

Ou suit nonchalamment les bruits de la fontaine ;

Et son front se ressuie, et son âme est sereine : Ainsi, douce Espérance, après l’àpre saison.

Tout mon cœur refleurit : j’ai senti ton haleine!

SONNET

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