‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 134 sur 150 · IMITÉ DE BOWLES · texte numérisé non relu

IMITÉ DE BOWLES

Novembre.

Étrange est la musique aux derniers soirs d’automne Quand vers Rovéréa, solitaire, j’entends Craquer l’orme noueux, et mugir les autans Dans le feuillage mort qui roule et tourbillonne.

Mais qu’est-ce si déjà, sous la même couronne De ces bois alors verts, et sur ces mêmes bancs,

On eut, soir et matin, la douceur des printemps Auprès d’un cœur ami de qui l’absence étonne?

Reviens donc, ô Printemps! renais, feuillage aimé! Mois des zéphyrs, accours ! chante, chanson de mai : Mais triste elle sera, mais presque désolée.

Si ne revient aussi, charme de ta saison,

Printemps de ton printemps, rayon de ton rayon, Celle qui de ces bois bien loin s’en est allée!

A MADAME P

(sur la mort d’une jeune enfant)

Calme tes pleurs, elle a vécu sa vie;

O tendre mère, elle a rempli ses jours;

Ta belle enfant avant dix ans ravie Des ans nombreux anticipa le cours.

NOTES ET SONNETS

Aux plus grands maux ainsi fait la nature ;

Un bien chez elle achemine aux douleurs ; Même en hâtant, elle incline et mesuré.

Ce vert bouton, cette fleur était mûre;

Calme tes pleurs, calme tes pleurs!

L’humain sentier s’échelonne en quatre âges : Aux deux premiers tout enivre à sentir;

L’été calmé peut plaire encore aux sages. L’hiver approche, il est mieux de partir.

De ces seuls lots où la vie est bornée.

Ta fille, ô mère, en eut trois, les meilleurs : Rayons, parfums, la flamme de l’année.

Même des fruits la saveur devinée ;

Calme tes pleurs, calme tes pleurs!

Joueuse enfant, qui donc connut plus qu’elle Les longs ébats autour des gazons verts,

La matinée à durée éternelle.

Les coins chéris où finit l’univers?

Qui mieux connut, sous l’œil sacré qui veille. Quand tout lui fait joie et bruits et couleurs. L’instant qui fuit et luit comme une abeille.

Et la minute à l’Océan pareille?

Calme tes pleurs, calme tes pleurs!

Mais de ces jeux jusque-là tant éprise.

Comme lassée, elle sortit un soir.

Et le matin la surprit seule assise Un livre en main pour unique miroir.

Qu’y voyait-elle? Est-ce l’image encore?

Est-ce le sens? L’esprit va-t-il ailleurs?

Elle a pleuré sur des vers de Valmore : Germe, étincelle, elle a ce qui dévore!

Calme tes pleurs, calme tes pleurs!

Elle a la flamme, elle attend, elle rêve.

Pauvre enfant pâle et qui trop tôt comprend.

NOTES ET SONNETS

Du gai buisson déjà son vol s’enlève;

Elle soupçonne un univers plus grand.

Si quelque ami fatigué de sa route Venait vers toi,... le soir ouvre les cœurs,

On s’épanchait; elle assiste, elle écoute :

A voir son front jé pressens et redoute...

Calme tes pleurs, calme tes pleurs !

Ainsi mûrit sa jeunesse secrète.

De ses douleurs elle enferme l’aveu ;

Quand le mal gagne, elle est plutôt muette. Pense à sa mère et ne se plaint qu’à Dieu.

Dans son fauteuil, aux heures moins souffrantes. Douce, au soleil ranimant ses pâleurs.

Quand fuit l’automne aux langueurs enivrantes. Elle a joui des nuances mourantes;

Calme tes pleurs, calme tes pleurs 1

Elle a joui des lenteurs refusées A l’àge ardent qui foule le gazon ;

Elle a goûté les grâces reposées.

Par où s’enchante une arrière-saison.

Quand toute enfance, égoïste en ses joies.

Au moindre choc exhale ses malheurs.

Elle sourit de peur que tu ne voies ;

C’est déjà l’Ange en ses célestes voies!

Calme tes pleurs, calme tes pleurs 1

Ou pour lui plaire, ô mère inconsolée.

Pleure à jamais, mais sans un pleur amer; Pleure longtemps au fond de la vallée Ta vie enfuie en un monde plus cher.

Dans un rayon vois l’Ange redescendre.

Bénir tes nuits et t’y jeter ses fleurs.

Et doucement te murmurer d’attendre.

Et te redire avec un deuil plus tendre :

Verse tes pleurs, verse tes pleurs!

NOTES ET SONNETS

SONNET

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