‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 137 sur 150 · EX VOYANT UNE JEUNE FEMME A SA FENETRE · texte numérisé non relu

EX VOYANT UNE JEUNE FEMME A SA FENETRE

Au bord de ce balcon, qu’elle vie ennuyée Demande au flot qui passe un bonheur qui n’est pas? Quelle tète charmante, à la vitre appuyée,

Semble au gai voyageur dire un aveu tout bas?

Mais peut-être elle l’a, plus que je ne suppose,

Elle l’a, ce bonheur, sans tant de vœux subtils,

Et, ne désirant rien, elle dit : « Où vont-ils ? N’ont-ils donc pas chez eux le jasmin et la rose?... »

Et puis peut-être encor, ce que je lui donnais En idéal bonheur, en idéal veuvage.

N’était rien qu’un coup d’œil aux tonneaux du rivage. Un rêve au bon rapport de son cru màconnais.

SONNET

Avignon m’apparaît dans sa charmante enceinte; D’un joli, grave encor, d’un sérieux mignon;

Si bien que l’on dirait, sans jouer sur le nom.

Que Blignard, d’après Rome, en copiant l’a peinte,

(Ce Mignard le Romain aimait fort Avignon) :

Jolis remparts, sans louve, un Vatican sans crainte. Pour Tibre le grand Rhône, orageux compagnon, Mais aussi la Durance; et puis Laure pour sainte.

INOTES ET SONNETS.

C’est du romain plus tendre, en Provence il est né; C’est du romain venu près du bon roi René.

Des papes sommeillants le tombeau rit encore :

Et mon sonnet léger et pourtant attendri N’est qu’un feston de plus sur leur marbre fleuri,

Une perle de plus dans ta couronne, ô Laure!

SONNET

Page 1