‹ Poésies complètes de Saint-BeuveChapitre 145 sur 150 · BALLADE DU VIEUX TEMPS · texte numérisé non relu

BALLADE DU VIEUX TEMPS

A qui mettoit tout dans l’amour.

Quand l’amour lui-même décline.

Il est une lente ruine.

Un deuil amer et sans retour.

L’automne traînant s’achemine; Chaque hiver s’allonge d’un tour:

En vain le printemps s’illumine :

Sa lumière n’est plus divine qui mettoit tout dans l’amour!

En vain la Beauté sur sa tour.

Où fleurit en bas l’aubépine.

Monte dans l’aurore et fascine Le regard qui rôde à l’entour.

En vain sur l’écume marine De jour encor sourit Cyprine :

Ah I quand ce n’est plus que de jour.

Sa grâce elle-même est chagrine A qui mettoit tout dans l’amour!

ROMANCES

(un .lOUR, Qü’ON CROYAIT AVOIR TROUVI-i)

Il est irouvé le bonheur et le charme,

L’Ange clément qui planait au berceau,

L’èlre adoré dans l'enfance si beau,

One bien souvent nous cachait une larme. L’amour parfait et de tout temps rêvé,

Il est trouvé !

Il est Irouvé ce bien de tous les âges,

Le fruit du cœur, le frais rameau d’espoir. Que dès douze ans je cbercliais sans savoir Dans tous les bois, par les senliers sauvages. Le nid d’amour sous la mousse couvé.

Il est trouvé!

Il est Irouvé ce port que ma jeunesse A poursuivi sur les Ilots agités,

Sous tous les vents et les feux irrités.

Plaisirs moqueurs, qui me trompiez sans cesse Le vrai signal, le bel astre levé.

Il est trouvé 1

11 est trouvé l’ombrage où l’on repose.

Le droit chemin par le devoir tracé,

Uu’un doux printemps si tard recommencé Borde pour moi do sa plus jeune rose.

Le calme sûr au cœur trop éprouvé.

Il est trouvé 1

11 est trouvé le bienfait de nature.

Le sein aimant qu’un Dieu nous vient rouvrir. Ce qui permet de vivre et de mourir,

Ce qui fait croire, espérer sans murmure.

Et dire encor, même au terme arrivé :

Il est trouvé!

Page 1