CHANSON
Dans des coins bleus parsemés d'or (Sans trop le dire)
Il faut qu'on cache âme et trésor,
Et doux martyre.
Quand tout déborde en l'univers, Quand nul n’a honte;
Quand la rumeur en tous concerts Étouffe et monte ;
Quand va l'injure au front d’acier,
Et la huée,
Et la louange, au plus grossier Prostituée ;
Quand le talent trop virginal.
S'il ne renie.
S'il ne baise au pied l'infernal,
N’a qu’avanie ;
Quand c'est le règne du méchant.
Ou du cupide.
Ou du cœur sourd pour qui le chant N’est qu'un son vide ;
Oh! s’il se peut, s’il est encore Lieux où l'on fuie.
Dans des coins bleus parsemés d’or Cachons la vie!
Moi, j’en sais un, bien bleu, bien pur. Où Beauté siège,
Beauté sans fard, lis dans l’azur, Candeur de neige ;
ROMANCES
Ou Reine ou Muse, essor de cœur Et fantaisie !
Valmôre y vient, comme une sœur En poésie.
Là, chaque jour, je veux venir,
O Bien-aimée;
Dans ton doux règne il faut tenir L’àme enfermée ;
Soumission, amour sans fin,
Joie ou martyre;
Pleurs sur les mains, pleurs sur un sein Qui bas soupire.
Désert du cœur, en ces longues soirées Qu’Automne amène à notre hiver sans fleur. Que vous avez de peines ignorées.
De sourds appels, de plaintes égarées.
Désert du cœur!
Dans la jeunesse, alors que tout commence, Avant d’aimer, l’impatiente ardeur S'en prend au sort, et parle d’inclémence; Alors aussi vous paraissez immense.
Désert du cœur!
On veut l'amour; on croit le Ciel barbare; Tout l’avenir n’est qu’orage et rigueur;
Et l’on demande à l’horizon avare Quel infini du bonheur vous sépare.
Désert du cœur !
Illusion! Courez, Jeunesse franche;
Rien qu’à deux pas, c’est le buisson en fleur;
ROMANCES
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Plus de désert! — Mais, à l’àge où tout penche,
Est-il encor buisson ou rose blanche,
Désert du cœur?
Lenteur amère! attente inconsolée!
Oh! par delà ce sable au pli trompeur.
N’est-il donc plus de secrète vallée.
Quelque Vaucluse amoureuse et voilée.
Désert du cœur?