TRADUIT DE MUSC H US
Sous un souffle apaisé quand rit la mer sereine,
Tout mon cœur s’enhardit, et pour l'humide plaine La terre est oubliée : 0 mer, je viens à toi!
Mais ([u’un grand vent s’élève et réveille l’effroi.
Que l’écume du flot blanchisse et fasse rage.
Tout mon amour alors se reprend au rivage;
Je ne veux que les bois, et l’ombre, et les gazons : Le pin, i)ar un grand vent, rend encor de doux sons. Pêcheur, que je te plains, dans ta nef pour demeure. Chassant ta proie errante au péril de chaque heure ! A moi le bon sommeil sous un platane épais!
A moi les jours couchés au sein d’un antre frais.
Et la source au long bruit, qui, roulant sous la voûte, Charme et ne peut troubler le pasteur qui l’écoute!
DE JI O s G H U s
Pan aimait Écho, sa voisine.
Qui pour le Satyre brûlait.
Et le Satyre aimait Nérine;
Leur flamme, à tous trois, se brouillait.
Jeu bizarre, et pourtant le nôtre!
Ce qu’un amant inflige à l’autre.
D’un autre il l'éprouve à son tour :
Le talion est loi d’amour.
Or voici ma leçon; que le novfce entende :
« Rends l’amour à qui l’aime, afin qu’on te le rende. »
POÉSIES DIVERSES
DE MOSCHDS
Quittant Pise et ses jeux, Alpliée au flot d’argent Cherche à travers les mers Aréthiise en plongeant; Et dans son sein il porte à la nymphe adorée L’olivier des vainqueurs et la poudre sacrée. Profond, pur, et chargé des amoureux cadeaux.
Il fend le flot amer, sans y mêler ses eaux ;
Et le grand flot dormant ne sent rien, et l’ignore.
Et l'a laissé passer. Ahl c’est Amour encore,
Le mauvais, le perfide et le rusé songeur.
C’est lui dont l’art secret fit du fleuve un plongeur!
A x\IADAME F...
Le fleuve Poésie épand ses chastes eaux Tantôt le long des prés, tantôt dans les roseaux. Aux flancs des verts rochers que tapisse la vigne,
A travers de grands lacs où navigue le cygne;
11 devient lac lui-même, et bien loin des cités.
Sans trace de limon dans ses flots argentés.
Il s’endort et s’oublie en plus d’un golfe -sombre. Sous des bois où jamais midi ne perce l’ombre;
Il baigne, arrose, emplit des bruits harmonieux Les saules ignorés, les échos de ces lieux;
Et tandis que la foule, esclave de la gloire.
Aux endroits fréquentés se presse et croit y boire.
Et pai’eille au troupeau qui trouble le courant.
N’y boit que sable et fange ainsi qu’en un torrent. Loin de là, sur ces bords où tout n’est que silence, Sur ces tapis de mousse, asile d’indolence.
rOÉSIES DIVERSES.
Quelque fleur rare et tendre, un Iis au front penché, Un bleuâtre hyacinthe, à tous les yeux caché.
Puise à l’eau sa fraîcheur, et se mire sans peine Dans ce fleuve, aussi pur qu’une claire fontaine.
Oui, vous êtes. Madame, oui, vous êtes la fleur. L’hyacinthe caché, dont la tiède pâleur.
Dont la tige, docile au zéphyr, fut choisie Pour se pencher au bord du fleuve Poésie.
Ce fut hasard, bonheur, presque un jeu du destin 1 Vous n’aviez pas quitté, dès votre humble matin,
La maison maternelle où la vierge s’ignore;
L’époux, qui vous y prit vous y laissait encore :
Il partait en voyage, et vous restiez toujours A voir ces escaliers, ces murs, ces mêmes cours,
Où vous aviez joué dans votre enfance heureuse,
Où jouait votre enfant, jeune mère rêveuse I Ainsi pouvaient passer les saisons et les ans Dans les devoirs soumis, dans les soins complaisants; Et si la Poésie, à votre seuil venue,
N’eùt parlé la première à votre âme ingénue,
Jamais vous ne l’eussiez été chercher ailleurs;
Vous n’auriez pas troublé vos jours intérieurs Pour de lointains désirs; car vous êtes de celles Qui gardent dans leur sein leurs douces étincelles. Qui cachent en marchant la trace de leurs pas.
Qui soupirent dans l’ombre et que l’on n’entend pas. Vous eussiez toutefois été toujours la même ;
Cette âme délicate et discrète qu’on aime Eût versé tout autant de parfums et d’amour A. l’enfant chaque soir, à l’époux au retour.
Mais vous n’auriez pas su ce qu’est la poésie.
Et que, pour recevoir cette vive ambroisie.
Vous étiez préparée entre les cœurs mortels.
Autant qu’un vase d’or pour le vin des autels.
Qu’un encensoir vermeil pour la myrrhe embrasée, Qu’un calice entr’ouvert pour l’humide rosée.
POÉSIES DIVERSES
Cependant, par hasard, dans la même maison,
Du même âge que vous, de la même saison,
Croissait et fleurissait une jeune compagne,
Qu’un noble enfant, un jour, arrivé de l’Espagne, Vit, aima, poursuivit ardemment en chemin.
Et dont il eut bientôt le cœur avec la main :
Cet époux d’une amie était un grand poète ;
Et dès lors vous voilà, du fond de la retraite.
Initiée au prix des plus divins trésors.
Recevant un reflet des clartés du dehors.
Des plus glorieux noms respirant les prémices. Avant cette rumeur qui trouble nos délices;
Vous voilà recueillie, et les veux rayonnants.
Lisant leur âme à nu sur ces fronts étonnants.
— Ce qu’ils ont dù souffrir, — ce qu’un Dieu leur destine; Une fois vous avez entendu Lamaidine;
Pour vous rien n’est perdu dans vos jours enchaînés. Vous sentez en silence et vous vous souvenez.
Et dans le même temps solitaire et secrète.
Toute à l’époux absent que votre cœur regrette. Toute à l’enfant chéri qui croît sous vos baisers. Vous contenez en vous vos désirs apaisés;
Vous calmez d’un soupir votre àme douloureuse.
Et, triste quelquefois, vous savez être heureuse.
Heureux, heureux aussi quiconque près de vous A vu sous ses regards luire vos yeux si douxl Qu’il soit peintre ou poète, il emporte une image Qui brillera longtemps sur son obscur voyage. Souvent dans ses ennuis il croira vous revoir.
Pâle et pensive, assise à îa fenêtre au soir.
Suivant d'un œil distrait quelque tremblante étoile. Dont le rayon expire à votre front sans voile ; Attentive à des chœurs lointains, mystérieux.
Et vos longs doigts jouant sur vos sourcils soyeux.
POÉSIES DIVEIISES
SONi^ET
’A),),oç yâp T ’ a),),oi(7iv àvTjp iTtiTspTtcTai Ëpyoïç.
Homère, Odyssée, XIV.
Trahit sua quemque voluptas.
Virgile.
Le vieux coursier hennit aux escadrons fumants,
Le vieux nocher s’émeut au murmure de l’onde;
Napoléon captif, s’il regardait le monde.
Lui lançait, dit Victor, de longs rayonnements.
Moi dont l’humble bonheur n’eut que de courts moments. Et de qui le destin moins hautement se fonde.
Si le frais souvenir m’offre une tresse blonde.
Mon œil a retrouvé ses éblouissements.
Ainsi quand je vous vis du premier jour. Madame,
Une boucle brillait sur votre joue en flamme ;
Il m’en était resté comme un éclair lointain.
Mais voilà que tardif, vous revoyant encore.
J’ai retrouvé la boucle aussi fraîche qu’Aurore,
Et le même rayon s’y jouait ce matin.