‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 112 sur 121 · IMITÉ DE BOWLES · texte numérisé non relu

IMITÉ DE BOWLES

Novembre.

Étrange est la musique aux derniers soirs d'automne Quand vers Rovéréa , solitaire , j'entends Craquer l'orme noueux , et mugir les autans Dans le feuillage mort qui roule et tourbillonne.

Mais qu'est-ce si déjà, sous la même couronne De ces bois alors verts ? et sur ces mêmes bancs , On eut , soir et matin , la douceur des printemps Auprès d'un cœur ami de qui l'absence étonne ?

Reviens donc, ô Printemps ! renais, feuillage aimé ! 'Mois des zéphyrs, accours ! chante, chanson de mai Mais triste elle sera , mais presque désolée ,

Si ne revient aussi , charme de ta saison , Printemps de ton printemps, rayon de ton rayon , Celle qui de ces bois bien loin s'en est allée !

A MADAME P

Calme tes pleurs, elle a vécu sa vie ; O tendre mère , elle a rempli ses jours ; Ta belle enfant avant dix ans ravie Des ans nombreux anticipa le cours.

Aux plus grands maux ainsi fait la nature :

Un bien chez elle achemine aux douleurs ; Même en hâtant , elle incline et mesure.

Ce vert bouton , cette fleur était mûre ; Calme tes pleurs , calme tes pleurs !

L'humain sentier s'échelonne en quatre âges : Aux deux premiers tout enivre à sentir ; L'été calmé peut plaire encore aux sages ; L'hiver approche , il est mieux de partir.

De ces seuls lots où la vie est bornée , Ta fille, ô mère, en eut trois, les meilleurs : Rayons, parfums, la flamme de l'année, Même des fruits la saveur devinée ; Calme tes pleurs , calme tés pleurs !

Joueuse enfant , qui donc connut plus qu'elle Les longs ébats autour des gazons verts , La matinée à durée éternelle , Les coins chéris où finit l'univers ?

Qui mieux connut , sons l'œil sacré qui veille , Quand tout lui fait joie et bruits et couleurs , L'instant qui fuit et luit comme une abeille , Et la minute à l'Océan pareille P

Calme tes pleurs , calme tes pleurs !

Mais de ces jeux jusque-là tant éprise , ,

Comme lassée , elle sortit un soir, Et le matin la surprit seule assise Un livre en main pour unique miroir.

Qu'y voyait-elle ? Est-ce l'image encore ?

Est-ce le sens ? L'esprit va-t-il ailleurs ?

Elle a pleuré sur des vers de Valmore :

Germe, étincelle, elle a ce qui dévore !

Câline tes pleurs , calme tes pleurs !

Elle a la flamme, elle attend, elle rêve, Pauvre enfant pâle et 'qui trop tôt comprend. Du gai buisson déjà son vol s'enlève ; Elle soupçonne un univers plus grand.

Si quelque ami fatigué de sa route Venait vers toi..., le soir ouvre les cœurs , On s'épanchait ; elle assiste , elle écoute : A voir son front je pressens et redoute...

Calme tes pleurs , calme tes pleurs !

Ainsi mûrit sa jeunesse secrète.

De ses douleurs elle enferme l'aveu ; Quand le mal gagne , elle est plutôt muette , Pense à sa mère et ne se plaint qu'à Dieu.

Dans son fauteuil , aux heures moins souffrantes , Douce, au soleil ranimant ses pâleurs, Quand fuit l'automne aux langueurs enivrantes , Elle a joui des nuances mourantes ; Calme tes pleurs, calme tes pleurs !

Elle a joui des lenteurs refusées

A l'âge ardent qui foule le gazon ;

Elle a goûté les grâces reposées

Par où s'enchante une arrière-saison.

Quand toute enfance , égoïste en ses joies ,

An moindre choc exhale ses malheurs , Elle sourit de peur que tu ne voies ; C'est déjà l'Ange en ses célestes voies !

Calme tes pleurs, calme les pleurs !

Ou pour lui plaire, ô mère inconsolée, Pleure à jamais, mais sans un pleur amer ; Pleure long-temps au fond de la vallée Ta vie enfuie en un monde plus cher.

Dans un rayon vois l'Ange redescendre , Bénir tes nuits et t'y jeter ses fleurs , Et doucement te murmurer d'attendre , Et te redire avec un deuil plus tendre :

Verse tes pleurs , verse tes pleurs !

SONNET

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