IMITÉ DE BOWLES
Novembre.
Étrange est la musique aux derniers soirs d'automne Quand vers Rovéréa , solitaire , j'entends Craquer l'orme noueux , et mugir les autans Dans le feuillage mort qui roule et tourbillonne.
Mais qu'est-ce si déjà, sous la même couronne De ces bois alors verts ? et sur ces mêmes bancs , On eut , soir et matin , la douceur des printemps Auprès d'un cœur ami de qui l'absence étonne ?
Reviens donc, ô Printemps ! renais, feuillage aimé ! 'Mois des zéphyrs, accours ! chante, chanson de mai Mais triste elle sera , mais presque désolée ,
Si ne revient aussi , charme de ta saison , Printemps de ton printemps, rayon de ton rayon , Celle qui de ces bois bien loin s'en est allée !
A MADAME P
Calme tes pleurs, elle a vécu sa vie ; O tendre mère , elle a rempli ses jours ; Ta belle enfant avant dix ans ravie Des ans nombreux anticipa le cours.
Aux plus grands maux ainsi fait la nature :
Un bien chez elle achemine aux douleurs ; Même en hâtant , elle incline et mesure.
Ce vert bouton , cette fleur était mûre ; Calme tes pleurs , calme tes pleurs !
L'humain sentier s'échelonne en quatre âges : Aux deux premiers tout enivre à sentir ; L'été calmé peut plaire encore aux sages ; L'hiver approche , il est mieux de partir.
De ces seuls lots où la vie est bornée , Ta fille, ô mère, en eut trois, les meilleurs : Rayons, parfums, la flamme de l'année, Même des fruits la saveur devinée ; Calme tes pleurs , calme tés pleurs !
Joueuse enfant , qui donc connut plus qu'elle Les longs ébats autour des gazons verts , La matinée à durée éternelle , Les coins chéris où finit l'univers ?
Qui mieux connut , sons l'œil sacré qui veille , Quand tout lui fait joie et bruits et couleurs , L'instant qui fuit et luit comme une abeille , Et la minute à l'Océan pareille P
Calme tes pleurs , calme tes pleurs !
Mais de ces jeux jusque-là tant éprise , ,
Comme lassée , elle sortit un soir, Et le matin la surprit seule assise Un livre en main pour unique miroir.
Qu'y voyait-elle ? Est-ce l'image encore ?
Est-ce le sens ? L'esprit va-t-il ailleurs ?
Elle a pleuré sur des vers de Valmore :
Germe, étincelle, elle a ce qui dévore !
Câline tes pleurs , calme tes pleurs !
Elle a la flamme, elle attend, elle rêve, Pauvre enfant pâle et 'qui trop tôt comprend. Du gai buisson déjà son vol s'enlève ; Elle soupçonne un univers plus grand.
Si quelque ami fatigué de sa route Venait vers toi..., le soir ouvre les cœurs , On s'épanchait ; elle assiste , elle écoute : A voir son front je pressens et redoute...
Calme tes pleurs , calme tes pleurs !
Ainsi mûrit sa jeunesse secrète.
De ses douleurs elle enferme l'aveu ; Quand le mal gagne , elle est plutôt muette , Pense à sa mère et ne se plaint qu'à Dieu.
Dans son fauteuil , aux heures moins souffrantes , Douce, au soleil ranimant ses pâleurs, Quand fuit l'automne aux langueurs enivrantes , Elle a joui des nuances mourantes ; Calme tes pleurs, calme tes pleurs !
Elle a joui des lenteurs refusées
A l'âge ardent qui foule le gazon ;
Elle a goûté les grâces reposées
Par où s'enchante une arrière-saison.
Quand toute enfance , égoïste en ses joies ,
An moindre choc exhale ses malheurs , Elle sourit de peur que tu ne voies ; C'est déjà l'Ange en ses célestes voies !
Calme tes pleurs, calme les pleurs !
Ou pour lui plaire, ô mère inconsolée, Pleure à jamais, mais sans un pleur amer ; Pleure long-temps au fond de la vallée Ta vie enfuie en un monde plus cher.
Dans un rayon vois l'Ange redescendre , Bénir tes nuits et t'y jeter ses fleurs , Et doucement te murmurer d'attendre , Et te redire avec un deuil plus tendre :
Verse tes pleurs , verse tes pleurs !
SONNET