‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 114 sur 121 · LE TOMBEAU DE DEL1LLE · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE DEL1LLE

Sur ce brillant tombeau qui connut de beaux jours , Où pleuvait l'immortelle, où riait la verdure, Que l'admiration berçait de son murmure, Qu'un long soleil de gloire embrassa dans son cours ,

Le temps vient; tout succède, et les neveux sont sourds. Seule , une vieille sœur , qui ne sait pas l'injure , Croit au poète mort : pour offrande et parure Plus de fleurs que le peu qu'elle apporte toujours !

Mais l'bivpr..., mais si pauvre..., bêlas ! reviendra-t-elle ?

Tu l'as su : dès demain , sur le marbre fidèle ,

( Bienfait tout embelli qu'enchante un noble égard ! )

Elle trouve , en changeant la couronne fanée ,

La bûche du foyer, le pain de la journée,

La goutte d'un vin pur , cher au cœur du vieillard !

SONNET

La jeunesse est passée : un autre âge s'avance ; J'en ai senti déjà les signes sérieux. *

L'instant est solennel : fuyons loin de ces lieux ! L'Amour qui m'a laissé ne m'en fait plus défense.

Partons : dans le détroit où mon esquif se lance , Il convient d'être seul pour de mornes adieux , La main au gouvernail , l'œil au profond des cieux , Le cœur ouvert et haut pour tout voir en silence.

Des rivages aimés les derniers sont venus ;

Ils passent ; c'est l'entrée aux grands flots inconnus.

A de tels horizons il est temps de se faire. "

Naples, Rome, en passant à peine je vous vois ; Mais , vous entrevoyant , que mes pleurs quelquefois Coulent plus adoucis sur ma ride sévère !

SUR LA SAONE,

Page 1