‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 115 sur 121 · EN VOYANT UNE JEUNE FEMME A SA FENETRE · texte numérisé non relu

EN VOYANT UNE JEUNE FEMME A SA FENETRE

Au bord de ce balcon , quelle vie ennuyée Demande au flot qui passe un bonheur qui n'est pas ? Quelle tête charmante , à la vitre appuyée , Semble au gai voyageur dire un aveu tout bas ?

Mais peut-être elle Ta , plus que je ne suppose , Elle Ta, ce bonheur, sans tant de vœux subtils, Et , ne désirant rien , elle dit : « Où vont-ils ? N'ont-ils donc pas chez eux le jasmin et la rose?... »

Et puis peut-être encor , ce que je lui donnais

En idéal bonheur , en idéal veuvage ,

N'était rien qu'un coup-d'oeil aux tonneaux du rivage,

Un rêve au bon rapport de son crû maçonnais.

SONNET

Avignon m'apparalt dans sa charmante enceinte D'un joli , grave encor , d'un sérieux mignon ; Si bien que l'on dirait , sans jouer sur le nom , Que Mignard, d'après Rome, en copiant l'a peinte,

(Ce Mignard le Romain aimait fort Avignon) :

Jolis remparts sans louve, un Vatican sans 'crainte , Pour Tibre le grand Rhône , orageux compagnon , Mais aussi la Durance ; et puis Laure pour sainte.

C'est du romain plus tendre, en Provence il est né; C'est du romain venu près du bon roi René.

Des papes sommeillants le tombeau rit encore ;

Et mon sonnet léger et pourtant attendri

N'est qu'un feston de plus sur leur marbre fleuri ,

Une perle de plus dans ta couronne , ô Laure !

SONNET

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