‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 116 sur 121 · A M. ALPHONSE DULONG · texte numérisé non relu

A M. ALPHONSE DULONG

Ne montez Albano qu'au déclin d'un beau jour ;

Descendez-le surtout aux heures inclinées :

Si tendrement, de loin, ses lignes dessinées,

Une heure avant Y Ave, peindront mieux leur contour.

Pour que l'œil aux objets glisse avec plus d'amour , Le bon moment n'est pas le midi des journées. Ces pentes, de leur cloître au sommet couronnées, Ont besoin d'un soleil qui les prenne au retour.

Quand baisse le rayon , c'est alors qu'on commence A bien voir, à tout voir dans la nature immense : Midi superbe éteint les lieux tout blancs voilés.

De même dans la vie , on voit mieux lorsque l'âge Trop ardent a fait place à cette heure plus sage, Aux obliques rayons , hélas ! d'ombre mêlés.

SONNET

Saint-Laurent-hors-des-murs d'un sens profond m'explique

Les Pères primitifs et leur ton vénéré ;

En entrant là , d'abord en eux je suis entré :

Rien du beau simple, aisé, ni du parfait antique ;

Un composite un peu barbare , au moins rustique ; Colonnes de tout bord, même au socle enterré, Mais pur jaspe ou lapis ! mais ce parfum sacré Qui surtout te remplit , ô vieille Basilique !

Qu'importe où fut ce marbre avant de t'arriver ? En lisant saint Justin , souvent un mot se lève , Un mot d'or qu'en Platon l'on eût pu retrouver ;

Mais le mot , sans Platon , se couronne et s'achève ! Même harmonie en toi , Basilique où je rêve , Et prier y pénètre encor mieux que rêver.

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