A M. ALPHONSE DULONG
Ne montez Albano qu'au déclin d'un beau jour ;
Descendez-le surtout aux heures inclinées :
Si tendrement, de loin, ses lignes dessinées,
Une heure avant Y Ave, peindront mieux leur contour.
Pour que l'œil aux objets glisse avec plus d'amour , Le bon moment n'est pas le midi des journées. Ces pentes, de leur cloître au sommet couronnées, Ont besoin d'un soleil qui les prenne au retour.
Quand baisse le rayon , c'est alors qu'on commence A bien voir, à tout voir dans la nature immense : Midi superbe éteint les lieux tout blancs voilés.
De même dans la vie , on voit mieux lorsque l'âge Trop ardent a fait place à cette heure plus sage, Aux obliques rayons , hélas ! d'ombre mêlés.
SONNET
Saint-Laurent-hors-des-murs d'un sens profond m'explique
Les Pères primitifs et leur ton vénéré ;
En entrant là , d'abord en eux je suis entré :
Rien du beau simple, aisé, ni du parfait antique ;
Un composite un peu barbare , au moins rustique ; Colonnes de tout bord, même au socle enterré, Mais pur jaspe ou lapis ! mais ce parfum sacré Qui surtout te remplit , ô vieille Basilique !
Qu'importe où fut ce marbre avant de t'arriver ? En lisant saint Justin , souvent un mot se lève , Un mot d'or qu'en Platon l'on eût pu retrouver ;
Mais le mot , sans Platon , se couronne et s'achève ! Même harmonie en toi , Basilique où je rêve , Et prier y pénètre encor mieux que rêver.