‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 26 sur 121 · LE CALME · texte numérisé non relu

LE CALME

Ma muse dort comme une marmotte de mon

pays.... Comme il vous plaira , ma verve; ce

qu'il y a de sur, c'est que Je ne ferai rien sans

vous.

Dccis.

Souvent un grand désir de choses inconnues ,

D'enlever mon essor aussi haut que les nues ,

De ressaisir dans l'air des sons évanouis ,

D'entendre, de chanter mille chants inouïs ,

Me prend à mon réveil ; et voilà ma pensée

Qui , soudain rejetant l'étude commencée ,

Et du grave travail , la veille interrompu ,

Détournant le regard , comme un enfant repu ,

Caresse avec transport sa belle fantaisie ,

Et veut partir, voguer en pleine poésie.

A l'instant le navire appareille : et d'abord

Les cables sont tirés , les ancres sont à bord ,

La poulie a crié ; la voile suspendue

Ne demande qu'un souffle à la brise attendue,

Et sur le pont tremblant tous mes jeunes nochers

S'interrogent déjà vers l'horizon penchés.

Adieu, rivage, adieu ! — Mais la mer est dormante ,

Plus dormante qu'un lac ; mieux vaudrait la tourmente ,

Mais d'en haut, ce jour-là, nul souffle ne répond ;

La voile pend au mât et traîne sur le pont.

Debout , croisant les bras, le pilote , à la proue ,

Contemple cette eau verte où pas un flot ne joue , .

Et que rasent parfois de leur vol lourd et lent

Le cormoran plaintif et le gris goéland.

Tout le jour, il regarde, inquiet du voyage ,

S'il verra dans le ciel remuer un nuage ,

Ou frissonner au vent son beau pavillon d'or ;

Et quand tombe la nuit , morne , il regarde encor

La quille où s'épaissit une verdâtre écume ,

Et la pointe du mât qui se perd dans la brume.

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