‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 43 sur 121 · A MON AMI ANTONI D · texte numérisé non relu

A MON AMI ANTONI D

Octobre.

Après la moisson faite et tous les blés rentrés , Quand depuis plus d'un mois les champs sont labourés , Qu'il gèlera demain , et qu'une fois encore L'Automne , du plus haut des coteaux qu'elle dore , Se retourne en fuyant , le front dans un brouillard , Oh ! que la plaine est triste autour du boulevard ! C'est au premier coup-d'œil une inorne étendue , Sans couleur; çà et là quelque maison perdue, Murs frêles , pignons blancs en tuiles recouverts ; Une haie à l'entour en buissons jadis verts ; Point de fumée au toit ni de lueur dans Pâtre; De grands tas aux rebords des carrières de plâtre ; Des moulins qui n'ont rien à moudre, ou ne pouvant Qu'à peine remuer leurs quatre ailes au vent , Et loin, sur les coteaux, au-dessus des villages, De longs bois couronnés de leurs derniers feuillages. Car , tandis que de l'arbre en la plaine isolé Le beau feuillage au vent s'en est d'abord allé , Les bois sur les coteaux, comme l'homme en famille, Résistent plus long-temps ; un pâle rayon brille Sur ce front de verdure à demi desséché , Quand pour d'autres déjà le soleil est couché.

Mais dans la plaine , quoi ? des jachères pierreuses ,

Et de maigres sillons en veines malheureuses ,

Que la bêche , à défaut de charrue , a creusés ;

Et sur des ceps flétris des échalas brisés;

De la cendre par place , un reste de fumée ,

Et le sol tout noirci de paille consumée ;

Parfois un pâtre enfant , à la main son pain bis ,

Dans le chaume des blés paissant quelques brebis ;

A ses pieds son chien noir, regardant d'un air grave

Une vieille qui glane au champ de betterave.

Et de loin l'on entend la charrette crier

Sous le fumier infect, le fouet du voiturier,

De plus près les grillons sous l'herbe sans rosée ,

Ou l'abeille qui meurt sur la ronce épuisée ,

Ou craquer dans le foin un insecte sans nom ;

D'ailleurs personne \k pour son plaisir , sinon

Des chasseurs , par les champs , regagnant leurs demeures ,

Sans avoir aperçu gibier depuis six heures...

Moi pourtant je traverse encore à pas oisifs

Et je m'en vais là-bas m'asseoir où sont les ifs.

STANCES

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