A UNE BELLE CHASSERESSE
Doux Vents d'automne , attiédissez l'amie !
Vaste Forêt , ouvre-lui tes rameaux !
Sous les grands bois la douleur endormie, En y rêvant, souvent calma ses maux.
Aux maux plus doux tu fus hospitalière, Noble Forêt ! ici vint La Vallière, Ici Diane , en ces règnes si beaux ; Et la charmille éclatait aux flambeaux.
La chasse court, le cerf fuit, le cor sonne : Pour prolonger ce que l'ombre pardonne, Vous ménagiez le feuillage aux berceaux , Doux Vents d'automne !
O ma Beauté , n'y soupirez-vous pas ?
Pourquoi ce cri vers le désert sauvage ?
Sur son coursier la voilà qui ravage Rocs et halliers , et franchit tous les pas.
Cœur indompté , l'air des bois l'aiguillonne , L'odeur des pins l'enivre. Ah ! c'est assez ; Quand la forêt la va faire amazone, Soufflez sur elle et me l'attiédissez, Doux Vents d'automne !
SONNET
Une soirée encore était presque passée :
Je ne la voyais plus que devant des témoins.
Sons ces yeux étrangers , oh I si nos yeux du moins Pouvaient en doux éclairs s'envoyer la pensée !
J'étais loin, je me lève ; elle, plus empressée, Et dans son propre ennui devinant tous mes soins, D'un trait et sans quitter l'aiguille aux mille points, Prend la chaise et tout contre à ses pieds l'a placée.
Et quand, l'instant d'après, je cherche oh me rasseoir, Du regard et du doigt oh l'aiguille étincelle, Sa grâce m'a fait signe, et me voilà près d'elle t
Nos regards retrouvés s'oubliaient à se voir :
Et toujours, cependant, allaient ses doigts de fée,
Piquant dans le satin la rosette étoffée.
Otez , ôtez bien loin toute grâce émouvante , Tous regards oh le cœur se reprend et s'enchante ; Otez l'objet funeste au guerrier trop meurtri ! Ces rencontres, toujours ma joie et mon alarme, Ces airs, ces tours de tète, 6 femmes, votre charme ; Doux charme par oh j'ai péri !
POUR MON AMI DLRIC G
STANCES
Par ce soleil d'automne , au bord de ce beau fleuve , Dont Peau baigne les bois que ma main a plantés , Après les jours d'ivresse , après les jours d'épreuve , Viens , mon Ame , apaisons nos destins agités ;
Viens, avant que le Temps dont la fuite nous presse Ait dévoré le fruit des dernières saisons , Avant qu'à nos regards la brume qu'il abaisse Ait voilé la blancheur des vastes horizons ;
* Les cinq pièces suivantes- sont écrites comme par l'ami même à qui elles sont adressées.
Viens, respire, o mon Ame, et, contemplant ces lies Où le fleuve assoupi ne fait plus que gémir, Cherche en ton cours errant des souvenirs tranquilles Autour desquels aussi ton flot puisse dormir.
Dépose le limon qu'a soulevé l'orage ; L'abîme est loin encore , il nous faut l'oublier ; Il nous faut les douceurs d'une secrète plage : J'attache ma nacelle au tronc d'un peuplier.
Hélas! dans ces jardins, dont j'aime le mystère, Que de jours écoulés , sereins ou nuageux !
A midi sur ce banc s'asseoit encor mon père ; Mes filles ont foulé ces gazons dans leurs jeux.
Sous ces acacias, les pieds dans la rosée.
J'ai quelquefois, dès l'aube, égaré la beauté : L'oiseau chantait à peine, et la fleur reposée Assemblait un parfum chargé de volupté.
Après bien des détours dans l'ombre et sur la mousse , L'aurore avec le jour amenait les adieux ; En me disant demain, que sa voix était douce ! Que loin , en la quittant , je la suivais des yeux !
Puis je m'en revenais , solitaire et superbe , Recevant le soleil et l'air pat tous mes sens, Cueillant le frais bouton , ramassant le brin d'herbe , Et le cœur inondé d'harmonieux accents.
Voici toujours les lieux , les places trop connues , Et l'ombre comme hier flottant dans ce chemin. Vous toutes, seulement, qu'ètes^vous devenues? Et quelle autre, à mon bras, doit y marcher demain ?
Je n'ai point passé l'âge où l'on platt, où l'on aime;
Mes cheveux sont touffus et décorent mon front ; j
Les regards de mes yeux ont un charme suprême , *
Et , bien long-temps encor, les âmes s'y prendront.
Mais que pour cette fois ce soit une belle ame , Tendre et douce à l'amour, et légère à guider, Qui de jeunes baisers rafraîchisse ma flamme , Me couvre de son aile et me sache garder ;
Qui , des rayons de feu que lance ma paupière , Réfléchisse en ses pleurs la tremblante clarté, Et sans orage au ciel , sans trop vive lumière , Se lève sur le soir de mon rapide été 1
Que l'oubli du passé me vienne à côté d'elle ; Que, rentré dans la paix, je craigne d'en sortir ;... Que cet amour surtout, bien que noble et fidèle, Au cœur pieux des miens n'aille pas retentir !
POUR MON AMI ULRIC G