‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 7 sur 121 · PREMIER AMOUR · texte numérisé non relu

PREMIER AMOUR

Uo autre plus lieureux va unir son sort à celai de mon amie. Mais, quoiqu'elle trompe ainsi mes plus cbères espérances , dois-Je In moins aimer?

Mackbusib, r Homme sensible.

Printemps, que me veux-tu ? pourquoi ce doux sourire, Ces fleurs dans tes cheveux et ces boutons naissants ? Pourquoi dans les bosquets cette voix qui soupire, Et du soleil d'avril ces rayons caressants ?

Printemps si beau , ta vue attriste ma jeunesse ; De biens évanouis tu parles à mon cœur ; Et d'un bonheur prochain ta riante promesse M'apporte un long regret de mon premier bonheur.

Un seul être pour moi remplissait la nature ; En ses yeux je puisais la vie et l'avenir ; Au souffle harmonieux de sa voix calme et pure , Vers un plus frais matin je croyais rajeunir.

Oh ! combien je l'aimais ! et c'était en silence ! De son front virginal arrosé de pudeur , De sa bouche où nageait tant d'heureuse indolence , Mon souffle aurait terni l'éclatante candeur.

Par instants j'espérais. Bonne autant qu'ingénue , Elle me consolait du sort trop inhumain ; Je l'avais vue un jour rougir à ma venue , Et sa main par hasard avait touché ma main.

Que de fois, étalant une robe nouvelle, Naïve , elle appela mon regard enivré ; Et sembla s'applaudir de l'espoir d'être belle, Préférant le ruban que j'avais préféré !

24 POÉSIKS.

Ou bien , si d'un pinceau la légère finesse

Sur* l'ovale d'ivoire avait peint ses attraits ,

Le velours de sa joue , et sa fleur de jeunesse ,

Et ses grands sourcils noirs couronnant tous ses traits ;

Ab ! qu'elle aimait encor, sur le portrait fidèle Que ses doigts blancs et longs me tenaient approché , Interroger mon goût , le front vers moi penché , Et m'entendre à loisir parler d'elle près d'elle !

Un soir , je lui trouvai de moins vives couleurs : Assise , elle rêvait : sa paupière abaissée Sous ses plis transparents dérobait quelques pleurs ; Son souris trahissait une triste pensée.

Bientôt elle chanta ; c'était un chant d'adieux. Oh ! comme , en soupirant la plaintive romance , Sa voix se fondait toute en pleurs mélodieux , Qui , tombés en mon cœur, éteignaient l'espérance !

Le lendemain un autre avait reçu sa foi.

Par le voeu de ta mère à l'autel emmenée , Fille tendre et pieuse , épouse résignée , Sois heureuse par lui , sois heureuse sans moi !

Mais que je puisse au moins me rappeler tes charmes ; Que de ton souvenir l'éclat mystérieux Descende quelquefois au milieu de mes larmes , Comme un rayon de lune, un bel ange des cieux !

Qu'en silence adorant ta mémoire si chère , Je l'invoque en mes jours de faiblesse et d'ennui ; Tel en sa sœur aînée un frère cherche appui , Tel un fils orphelin appelle encor sa mère.

♦*»Ofc>

Page 1