‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 72 sur 121 · TRADUIT DE COLERIDGE · texte numérisé non relu

TRADUIT DE COLERIDGE

O pensive Sara, quand ton beau front qui penche , Léger comme l'oiseau qui s'attache à la branche , Repose sur mon bras , et que je tiens ta main , Il m'est doux , sur le banc tapissé de jasmin , A travers les rosiers , derrière la chaumière , De suivre dans le ciel les reflets de lumière , Et tandis que pâlit la pourpre du couchant , Que les nuages d'or s'écroulent en marchant , Et que de ce côté tout devient morne et sombre , De voir à l'Orient les étoiles sans nombre Naître l'une après l'autre et blanchir dans l'azur, Comme les saints désirs, le soir, dans un cœur pur. A terre, autour de nous, tout caresse nos rêves; Nous sentons la senteur de ce doux champ de fèves ; Aucun bruit ne nous vient , hors la plainte des bois ,

Hors l'Océan paisible et sa lointaine voix Au fond d'un grand silence ;

— et le son de la Harpe , De la Harpe en plein air , que suspend une écharpe Aux longs rameaux d'un saule , et qui répond souvent Par ses soupirs à l'aile amoureuse du vent.

Comme une vierge émue et qui résiste à peine , Elle est si langoureuse à repousser l'haleine •

De son amant vainqueur , qu'il recommence encor , Et , plus harmonieux , redouble son essor.

Sur l'ivoire il se penche , et d'une aile enhardie Soulève et lance au loin des flots de mélodie ; Et l'oreille , séduite à ce bruit enchanté , Croit entendre passer , de grand matin , l'été , Les sylphes voyageurs , qui , du pays des fées , Avec des ris moqueurs , des plaintes étouffées , Arrivent, épiant le vieux monde au réveil.

O magique pays , montre-moi ton soleil , Tes palais, tes jardins t où sont tes Harmonies , Elles, qui, dès l'aurore, en essaims réunies, Boivent le miel des fleurs , et chantent , purs esprits , Et font en voltigeant envie aux colibris ?

O subtile atmosphère , ô vie universelle Dont , en nous , hors de nous , le flot passe et ruisselle ; Ame de toute chose et de tout mouvement ; Vaste éther qui remplis les champs du firmament : Nuance dans le son , et ton dans la lumière ; Rhythme dans la pensée ; — impalpable matière ; Oh ! s'il m'était donné , dès cet exil mortel , De nager au torrent de ton fleuve éternel , Je ne serais qu'amour, effusion immense ; Car j'entendrais sans fin tes bruits ou ton silence !

Ainsi de rêve en rêve et sans suite je vais ; Ainsi, ma bien-aimée, hier encor je rêvais, A midi , sur le bord du rivage , à mi-cête , Couché , les yeux mi-clos , et la mer pleine et haute A mes pieds , tout voyant trembler les flots dormants Et les rayons brisés jaillir en diamants ;

Ainsi mille rayons traversent ma pensée ; Ainsi mon ame ouverte et des vents caressée Chante, pleure, s'exhale en vaporeux concerts, Comme ce luth pendant qui flotte au gré des airs.

Et qui sait si nous-méme, épars dans la nature , Ne sommes pas des luths de diverse structure Qui vibrent en pensers , quand les touche en passant L'esprit mystérieux , souffle du Tout-Puissant ?

Mais je lis dans tes yeux un long reproche tendre , O femme bien-aimée ; et tu me fais entendre Qu'il est temps d'apaiser ce délire menteur.

Blanche et douce brebis chère au divin Pasteur , Tu me dis de marcher humblement dans la voie ; C'est bien , et je t'y suis ; et loin, loin , je renvoie Ces vieux songes usés , ces systèmes nouveaux , Vaine ébullition de malades cerveaux , Fantômes nuageux , nés d'un orgueil risible ; Car qui peut le louer , Lui , l'Incompréhensible , Autrement qu'à genoux , abîmé dans la foi , Noyé dans la prière ? — Et moi , — moi , — surtout moi , Pécheur qu'il a tiré d'en bas , ame charnelle Qu'il a blanchie ; à qui sa bonté paternelle Permet de posséder en un loisir obscur La paix , cette chaumière , et toi , femme au cœur pur !

Octobre 1829.

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