‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 79 sur 121 · A MADAME LA D. DE R · texte numérisé non relu

A MADAME LA D. DE R

Au Thil où vous aimez passer les mois fleuris , Mois de fuite du monde et de vie isolée , Pour tous, dans tout le parc, il n'est rien qu'une allée, Haute et droite et touffue , ombrages favoris ;

Et par-delà l'allée au vert et haut pourpris ,

Dans la campagne il est , bien humble et sans feuillée ,

Un sentier que connaît la faneuse hâlée ;

Vous y marchez souvent le long des blés mûris.

Seule à promener là votre grâce élevée, Chaque jour vous suivez la trace conservée,... Passé,-., longs souvenirs;... printemps à Saint-Germain!

Et si , dans le château , quelqu'un soudain réclame Votre bonne présence : « Où donc trouver Madame ? » — « Madame, oh ! dit chacun , elle est dans son chemin.

Ainsi l'on dit de vous , Madame , ainsi vous êtes , Fidèle au souvenir, aux traces de vos pas , Aimant ce qu'on retrouve et qui ne change pas , Plus attentive après chaque hiver et ses fêtes !

Oh ! dans nos jours douteux d'ennuis et de tempêtes, Où tout crie et s'égare et se mêle en combats ; Où , si l'on ne meurt vite , on dérive plus bas ; Où le vent à plaisir fait ondoyer les têtes ;

Temps d'éclipsé divine et de murmure humain ! En cette heure ayant l'aube , où même tout génie Change trois fois de route et trois fois se renie ,

Oh ! qui donc , mariant la veille au lendemain ,

Si fermement tiendra sa destinée unie

Que , sans le voir, on dise : « Il est dans son chemin ! »

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