‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 92 sur 121 · POUR UN DÉPART · texte numérisé non relu

POUR UN DÉPART

Pleurez , oiseaux 1 la jeune Tarentine , * Une autre fois , a , pour l'algue marine , Quitté nos prés.

Une dernière fois , la jeune Athénienne , En se jouant , a vogué vers Cyrène ; Pleurez !

Pleurez, oiseaux et colombes plaintives ; Et vous gaiement , abeilles , sur nos rives Ne murmurez !

Celle qui vous suivait, celle dont fut la vie Joie et blancheur et murmure , est enfuie ; Pleurez !

Pleurez, vous tous, que sa voix qui caresse, Son œil' qui rit, tenait avec adresse Désespérés ; Sa perte à tous les cœurs épris de sa morsure , Sans plus de miel , va laisser la blessure ; Pleurez !

Et vous, Chanson, qu'elle appelait près d'elle, Et qui n'osiez qu'effleurer de votre aile Ses fils dorés , Sous le lilas désert , où sa place est laissée , Soir et matin , fidèle à sa pensée , Pleurez ! .

* Se rappeler la jolie pièce d'André Chéaier et la Symètha de M. de Vigny.

Quand , de la jeune amante , en son linceul couchée , Accompagnant le corps, deux Amis d'autrefois, Qui ne nous voyons plus qu'à de mornes convois , A cet âge où déjà toute larme est séchée ;

Quand, l'office entendu , tous deux silencieux , Suivant du corbillard la lenteur qui nons tratne , Nous pûmes , dans le fiacre où six tenaient à peine , L'un devant l'autre assis, ne pas mêler nos yeux ,

Et ne pas nous sourire , ou ne pas sentir môme Une prompte rougeur colorer notre front , Un reste de colère, un battement suprême D'une amitié si grande , et dont tous parleront ;

Quand , par ce ciel funèbre et d'avare lumière , Le pied sur cette fosse où l'on descend demain , Nous pûmes jusqu'au bout, sans nous saisir la main , Voir tomber de la pelle une terre dernière ;

Quand chacun , tout fini , s'en alla de son bord , Oh ! dites ! du cercueil de cette jeune femme , Ou du sentiment mort, abîmé dans notre ame, Lequel était plus mort ?

SONNET

A MADAME M

Quoi ! vous voulez, par bonté, quelquefois, Pour épargner ma paupière un peu tendre , Un peu lassée , au soir, me faire entendre , Lu par vous-même , un livre de mon choix !

Vous liriez tout, Fauriel et Gaulois * ; Et le sujet, à fond , me viendrait prendre , Dans le fauteuil où j'oserais m'étendre , Indifférent à l'accent de la voix !

Mais votre voix , c'est la couleuvre vive , Insinuante et limpide et furtive , Col gracieux et de gris nuancé !

La voir courir est chose trop peu sûre ; Elle est sans dard , et je crains sa piqûre ; Ou , tout au moins, je crains d'être enlacé.

* L'excellente Histoire de la Gaule méridionale , par M. Fauriel, avait para vers ce temps , mais un peu importante et sérieuse pour être lue à deux en cette façon.

A LA DAME

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