‹ Poésies complètes de Sainte-Beuve: Joseph Delorme; Les consolations; PenséesChapitre 98 sur 121 · A L'ABBÉ EUSTACHE B · texte numérisé non relu

A L'ABBÉ EUSTACHE B

A blessed lot batb be...

CoLERtDOB , Sybilline leaves.

Il est trois fois béni , celui qui dans sa ville , En province resté , comme au siècle tranquille , Y grandit, y mûrit , intègre et conservé ; Dans la même, maison qui l'avait élevé Devient maître , puis prêtre en cette église même Où sa communion se fit, et son baptême.

Il n'a pas tour-à-tour de tout astre essayé ; Chaque vent ne Ta pas tour-à-tour balayé.

Non qu'il ignore au fond la vie et la tempête : L'écume aussi peut-être a passé sur sa tête ; Mais il est au rocher. A vouloir trop ramer Sur ces flots inconstants que Christ seul peut calmer, Il n'a pas défailli, ni bu , dans sa détresse, A ces eaux où se perd le goût de sainte ivresse. Il sait le mal, il sait maint funeste récit, Mais de loin il les sait, la distance adoucit; Ailleurs ce qui foudroie, au rivage l'éclairé; Chaque ombre à l'horizon rend gloire au sanctuaire ; Et tout cela lui fait , dès ici-bas meilleur , Un monde où , par delà , son œil voit l'autre en fleur.

Le sort , ou bien plutôt la Sagesse adorée , M*a fait ma part plus rade et moins inaltérée. Ami , j'ai bien ramé, lassé je rame encor, Sans espoir et sans fin, depuis mon jeune essor, Depuis ce prompt départ, d'où mes gattés naïves • Voyaient au ciel prochain jouer toutes les rives. Ce que j'ai su d'amer , d'infidèle et de faux , Et , pour l'avoir trop su , ce que de moins je vaux , Ce qui me tache l'ame , Ami , tu le devines , Rien qu'aux simples clartés des paroles divines. Oh ! combien différent de ces après-midis , De ces jours où j'allais avec toi , les jeudis ,

> Où nous allions , tout près, au vallon du Denacre, Y cherchant la Tempe que Virgile consacre , Ou bien à Rupenbert, aux récoltes des fruits, Ou , vaguement au loin par nos discours conduits ,

.Aux falaises des mers, à l'Océan lui-même, Immense , répondant à l'immense problème !

Nous le posions déjà ce problème lointain, Comme au temps des Félix * et des saint Augustin , D'une tendre pensée, à la leur assortie, Recommençant tous deux les entretiens d'Ostie. Oh ! combien différent je repense à ces bords ! Moins différent pourtant qu'il ne semble; et dès lors Plus d'un trait à l'avance eût prédit notre histoire , Moi déjà choisissant dans tout ce qu'il faut croire, Et toujours espérant concilier les flots ; Toi plus ferme à Saint-Pierre , y fondant ton repos.

Je vais donc et j'essaie , et le but me déjoue , Et je reprends toujours, et toujours, je t'avoue, Il me plaît de reprendre et de tenter ailleurs, Et de sonder au fond , même au prix des douleurs ; D'errer et de muer en mes métamorphoses ; De savoir plus au long plus d'hommes et de choses , Dussé-je au bout de tout, ne trouver presque rien : C'est mon mal et ma peine, et mon charme aussi bien. Pardonne , je m'en plains , souvent je m'en dévore , Et j'en veux, mal guérir,... plus tard, plus tard encore !

* Se rappeler YOctavius de Hioutius Félix.

Mais , quand je vais ainsi dans ce monde h plaisir, • Qu'âne épreuve de plus fait foute à mon désir ; Quand je crois avoir su quelque ombre plus obscure , Par où se dérobait la maligne nature ; Quand, cent fois, imprudent, à la flamme brûlé, Je me retrouve encore à ma perte envolé , Et qu'encore une fois, je reconnais coquettes Nos grands hommes du jour, écrivains et poètes , Qui , dès qu'ils ont tiré ce qu'ils veulent de vous , La louange en tous sens sur les tons les plus doux , Yous laissent, vous jugeant la plume trop usée ; Quand j'ai souffert au cœur d'une amitié brisée ; Aussi d'un pur plaisir quand parfois j'ai joui ; Quand des pays nouveaux et grands , comme aujourd'hui , M'entraînent à les voir ; que le Léman limpide Se déroule en un jour sous la vapeur rapide ; Que d'Altorf , ou du pied du Righi commencé, Me retournant d'abord, et l'œil sur le passé, Je revois de plus haut le vallon du jeune âge, Le verger de douze ans , premier pèlerinage ; Quand un rare bonheur se revient révéler, Et que tout bas -on dit : « A qui donc en parler ? » Alors je sens besoin d'un ami bien fidèle , Bien ancien, bien sûr, qui sache et se rappelle ; Un témoin du départ et des premiers souhaits, A qui parler de soi sans le lasser jamais (Car lui-même c'est nous, car nous sommes lui-même), Avec qui s'épancher, de confiance extrême , Jusque dans ces douleurs qu'au lévite prudent L'intime ami blessé fait toucher cependant ; Je cherche cet ami : les amitiés récentes, Si vives sur un point , sur l'autre sont absentes ; Et je cherche toujours, toujours plus loin en moi... , Tout d'un coup je le nomme... , et cet ami, c'est toi !

Altorf.

♦3MK*

A BOULÀY-PATY.

(A bord d'an bateau a vapeur.)

Nous partions sur le lac que le matin caresse ; A ce soleil lavé dans son plus frais souris, Les durs sommets des monts , éclairés , attendris , Faisaient un horizon dltalie ou de Grèce.

Seule avec son enfant, d'un air de quakeresse, La jeune Genevoise , aux beaux regards contrits , Semblait voir ces grands lieux dans leur céleste prix. Timidement, d'un mot, près d'elle je m'adresse.

Elle daigna répondre avec des yeux bien doux ; Elle parlait de Dieu , qui , pour d'autres jaloux , Est clément pour les uns , et m'indiquait la trace.

Et nous allions ainsi , par ce charmant matin , Aux suaves blancheurs du plus vague lointain , Sondant l'aube éternelle et causant de la Grâce.

SONNET

A M. P. DE LIMAYRAG.

Je montais, je montais ; un guide m'accompagne , Choisit les durs sentiers , et m'y dirige exprès ; Car je veux , Iung-Frau , toucher tes pieds de près ! Le soleil est ardent , d'aplomb sur la montagne/

Mon front nage , mon pas est lourd ; au plus je gagne Un» moitié du mont. Mais les flancs plus secrets S'y découvrent soudain en pâturages frais , Ménageant un vallon comme- en douce campagne.

Ainsi, grand Dieu, tu fais, quand tu nous vois lassés. Dans la vie, au milieu, quand nous disons : Assez ! Un vallon s'aperçoit, et tu nous renouvelles.

Si Ton monte toujours , à peine on s'en ressent ;

Et l'homme réparé reprend , obéissant ,

Plus haut , vers les clartés des neiges éternelles !

Wengera-Alp.

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