Poésies complètes
Ce m'est un grand plaisir d^apprendre que vous allez publier une édition nouvelle de votre excellente traduction des poèmes d'Edgar Poe, épuisée depuis si longtemps. Vous compléterez ainsi la tâche entreprise par vos prédécesseurs, et, continuant leurs traditions, vous ajouterez un nouveau lustre à la gloire du grand écrivain.
Baudelaire, Mallarmé, Hennequin, Rollinat, vous-même, d'autres encore... on a tant fait en France pour y acclimater Edgar Poe que ses compatriotes affirment que l'auteur du Corbeau était français. Quoi qu'il en soit, les liens de parenté qui unissaient Poe avec les fils de ]a belle France étaient ceux qui sont les plus étroits, ceux du cerveau, de l'intelligence, de l'esprit, qu'aucune que-
relie de famille, aucune dissension domestique ne peut rompre.
Poe aimait la France et son admirable littérature et ne parlait qu'avec respect des chefs-d'œuvre qu'elle a produits ; jamais sa plume caustique ne se serait essayée à diminuer sa gloire.
On s'étonnera peut-être de m'entendre parler comme de la part et au nom, même, d'Edgar Poe; mais n'en ai-je pas un peu le droit ? Il y a trente ans, alors que son nom était « une risée et un reproche » parmi les peuples de langue anglaise, je commençai ma croisade contre les diffamateurs de son nom et de sa renommée, et le succès de mes efforts accrut, j'ose le dire, sa gloire littéraire même aux yeux des « philistins ». Je retrouvai vivants, si nombreux encore, des parents, des amis, des collaborateurs du poète, qu'il me devint possible, grâce à eux, de me créer une impression fidèle et réelle de l'homme qu'il avait été. Je lus et relus ses œuvres jusqu'à ce qu'elles me soient devenues aussi familières que si elles étaient miennes ; je lus les livres qu'il avait lus; j'étudiai ses manuscrits ; j'interrogeai sa correspondance amicale et intime ; je me mis en rapport avec ceux qui l'avaient connu à toutes les dates de sa vie ; je serrai les mains qui avaient étrcint la sienne et