‹ Poésies complètesChapitre 16 sur 70 · A MARIE-LOUISE (SHE\Y · texte numérisé non relu

A MARIE-LOUISE (SHE\Y

11 n'y a pas longtemps, celui qui écrit ces lignes,

dans l'orgueil fou de rintellectualité,

soutenait « le pouvoir des mots » — niait que jamais

une pensée naquît dans le cerveau humain

dépassant l'expression de la langue humaine ;

et maintenant, comme une ironie à cette jactance,

deux mots — deux suaves dissyllabes étrangers —

Italiens de son, faits pour n'être murmurés que

par des anges rêvant dans la lunaire « rosée

qui pend comme des chaînes de perles sur la colline

d'Hermon » — ont tiré des abîmes de son cœur des pensées comme impensées qui sont les âmes de

la pensée, de plus riches, de bien plus sauvages, de bien plus

divines visions que celles que même le séraphin harpeur, Israfel,

(qui a « la plus douce voix de toutes les créatures de

Dieu ») ne pourrait espérer d'en tirer. Et Moi l mon charme

est rompu.

La plume tombe impuissante de ma main tremblante. Avec ton cher nom pour texte, malgré ton ordre, je ne puis écrire — je ne puis parler ni penser — hélas, je ne puis sentir : car ce n'est pas sentir, cette halte immobile sur le seuil doré du portail grand ouvert des songes, à regarder, extasié, dans la magnifique avenue, et tressaillant quand je vois, à droite, à gauche, et tout le long du chemin, parmi des vapeurs empourprées, bien loin, là où la vue s'arrête — toi seule !

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