‹ Poésies complètesChapitre 18 sur 70 · LA DORMEUSE · texte numérisé non relu

LA DORMEUSE

A minuit, dans le mois de Juin,

je me tiens sous la lune mystique.

Une vapeur opiacée, roséeuse, nébuleuse,

s'exhale de ses bords dorés,

et doucement s'écoulant, goutte à goutte,

sur le tranquille sommet de la montagne,

glisse nonchalamment et musicalement

dans l'universelle vallée.

Le romarin se penche sur la tombe ;

le lys s'étend sur l'onde ;

s'enveloppant la poitrine de brouillard,

la ruine se fond dans le repos ;

semblable au Lethé, voyez I le lac

paraît prendre un sommeil conscient,

et ne voudrait, pour tout au monde, s*éveiller.

Toute Beauté dorti — et voilai où repose,

(sa croisée ouverte aux cieux)

Irène, avec ses Destinées l

Oh, dame brillante! ce peut-il être bien — cette fenêtre ouverte à la nuit?

Les airs folâtres, du sommet des arbres, en souriant, à travers la croisée, se glissent — les airs sans corps, foule de magiciens, volètent à travers ta chambre çà et là, et balancent les courtines du baldaquin si capricieusement — si craintivement — au-dessus de la paupière close et frangée sous laquelle ton âme se cache et se repose, que, sur le parquet et au bas du mur, comme des fantômes^ les ombres montent et descendent !

Oh, dame chère, ne crains-tu pas?

Pourquoi et que rêves-tu là?

Sûrement tu es venue sur des mers lointaines, merveille pour ces arbres du jardin !

Etrange est ta pâleur ! Étrange ton vêtement ! Étrange, par-dessus tout, la longueur de tes tresses, et ce tout solennel silence !

La dame dorti Oh, puisse son sommeil,

qui est durable, être aussi profond !

Le Ciel l'ait en sa sainte garde I

Cette chambre changée en une plus sainte,

ce lit en un plus mélancolique,

je prie Dieu qu'elle puisse reposer

à jamais, les yeux clos,

tandis queles fantômes, en linceuls obscurs, passent !

Mon amour, elle dort ! Oh, puisse son sommeil

qui est éternel, être aussi profond !

Puissent les vers ramper doucement autour d'elle î

Loin dans la forêt, sombre et vieille,

puisse pour elle quelque voûte s'ouvrir —

quelque voûte qui souvent a déployé ses noirs,

ses noirs panneaux flottants, comme des ailes,

triomphale, par-dessus les poêles armoriés

des funérailles de sa grande famille —

quelque sépulcre, écarté, solitaire,

contre le portail duquel elle a jeté,

dans son enfance, bien des pierres oisives —

quelque tombe de la porte retentissante de laquelle

elle ne tirera jamais plus un écho,

tressaillant en pensant, pauvre enfant du péché !

que c'étaient les morts qui gémissaient dedans.

Voir Irène, p. 217.

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