‹ Poésies complètesChapitre 20 sur 70 · POEMES DE L'À&E MUR · texte numérisé non relu

POEMES DE L'À&E MUR

LENORE

Ah, la coupe d*or est brisée ! L'esprit envolé à jamais ! Que le glas sonne ! — Une âme sainte flotte sur le

fleuve du Styx ; et, Guy de Vere, n'as-^a pas une larme ? — Pleure

maintenant ou jamais plus !

Vois ! sur cette bière lugubre et rigide, gît ton amour,

Lenore !

Allons ! que le rituel des morts soit lu — que le chant

funèbre soit chanté î — Une antienne pour la plus royale morte qui jamais

mourut si jeune — une nénie pour elle qui est doublement morte parce

qu'elle mourut si jeune.

< Malheureux ! vous l'aimiez pour ses richesses et la haïssiez pour son orgueil.

et quand sa santé s'affaiblit, vous la bénissiez —

parce qu'elle mourait 1 Gomment, alors, le rituel sera-t-il lu? — Le requiem

comment sera-t-il chanté par vous — par les vôtres, le mauvais œil, — par les

vôtres, la calomnieuse langue, qui avez mis à mort l'innocence qui mourut, et

mourut si jeune ? »

Peccavimus ; mais ne délirez pas ainsi I et qu'un chant de Sabbat

monte à Dieu si solennellement que la morte n'en puisse souffrir !

La douce Lenore est « partie en avant » avec l'Espoir qui volait auprès d'elle,

te laissant désespéré de la chère enfant qui aurait été ton épouse —

d'elle, la belle et débonnaire qui maintenant si humblement repose,

la vie sur les cheveux d'or, mais non dans ses yeux —

la vie toujours là sur ses cheveux -— la mort sur ses yeux.

« Loin de moi ! ce soir mon cœur est léger. Je n'élè-

verai ma voix en aucune nénie^ mais j'aiderai l'ange dans son vol avec un Péan des

vieux jours !

Qu'aucun glas ne sonne I — de peur que sa douce

âme, au milieu de son allégresse sacrée, ne se saisisse de cette note, tandis qu'elle fuit de

cette Terre damnée.

Vers les amis d'en haut, loin des démons d'en bas,

le fantôme indigné a brisé ses liens — de l'Enfer jusqu'à une haute demeure loin là-haut

dans le Ciel — de la douleur et des gémissements jusqu'à un trône

d'or auprès du Roi du Ciel. ?>

Voir Un Péan, p. 212.

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