‹ Poésies complètesChapitre 24 sur 70 · PAYS DE SONGES · texte numérisé non relu

PAYS DE SONGES

Par une route obscure et solitaire,

hantée par les mauvais anges seuls,

où un Eidolon, nommé nuit,

règne debout sur un trône noir,

je n'ai atteint ces terres que récemment,

d'une ultime et nébuleuse Thulé —

d'une étrange et sauvage région qui repose, sublime,

hors de I'espage — hors du temps.

Des vallées sans fond et des flots sans bornes,

et des gouffres et des cavernes, et des bois titaniques,

dont les formes échappent à tout œil humain

à cause de la rosée qui dégoutte sur tout ;

des montagnes s'écroulant sans cesse

dans des mers sans un rivage ;

des mers qui respirent sans repos,

se gonflant vers des cieux de feu ;

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des lacs qui sans fin déploient leurs eaux mornes — mornes et mortes — leurs eaux silencieuses — silencieuses et glacées par les neiges des lys penchés.

Près des lacs qui déploient ainsi

leurs eaux mornes, mornes et mortes —

leurs tristes eaux, tristes et glacées

par les neiges des lys penchés, —

près des montagnes — près de la rivière

murmurant à voix basse, murmurant toujours —

près des bois gris, — près des marais

où campent le crapaud et le lézard d'eau, —

près des marais et des étangs sinistres

où demeurent les Ghouls,

près de chaque endroit le plus impur —

dans chaque recoin le plus mélancolique, —

là, le voyageur rencontre, effrayé,

les souvenirs du Passé dans leur linceul —

des formes voilées qui tressaillent et soupirent

en passant à côté du voyageur —

des formes blanc vêtues d'amis depuis longtemps

livrés, dans Pagonie, à la Terre — et au Ciel.

Pour le cœur dont les maux sont légion, c'est une paisible, consolante région — pour l'esprit qui se promène dans l'ombre c'est - oh, c'est un Eldorado I

POÈMES DB l'àGB MUR 89

Mais le voyageur voyageant à travers elle,

ne peut — n'ose la regarder ouvertement ;

Jamais ses mystères ne sont révélés

au faible œil humain déclos ;

ainsi le veut son Roi, qui a défendu

d'y soulever la paupière frangée ;

et ainsi la triste Ame qui y passe

ne la voit qu'à travers des verres noircis.

Par une route obscure et solitaire ,

hantée par les mauvais anges seuls,

où un Eidolon, nommé nuit,

règne debout sur un trône noir,

je me suis égaré naguère en revenant chez moi

de cette ultime et nébuleuse Thulé.

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