‹ Poésies complètesChapitre 23 sur 70 · LE VER CONQUERANT · texte numérisé non relu

LE VER CONQUERANT

Voilà I c'est une nuit de gala dans ces solitaires dernières années.

Une foule d'anges, ailés, drapés de voiles, et noyés dans les larmes, s'assied en un théâtre, pour voir une pièce d'espoirs et de craintes, tandis que Torchestre soupire par instants la musique des sphères.

Des mimes en la forme du Dieu d'en haut, murmurent et mâchonnent sourdement, et de ci, de là, volent

simples marionnettes, eux, qui viennent et vont au commandement de vastes créatures informes qui poussent les décors en avant et en arrière, secouant de leurs ailes de Condor une invisible Malédiction I

POBMBS DB l'àGB MUR 85

Ce drame bigarré — oh, soyez sûr

qu'il ne sera pas oublié !

Avec son Fantôme poursuivi à jamais

par une foule qui ne le saisit point,

dans un cercle qui toujours retourne

au même point,

et beaucoup de Folie, et plus encore de Péché,

et d'Horreur, âme de l'intrigue.

Mais voyez, au milieu de cette cohue de mimes

une forme rampante s'introduit 1

Une chose rouge de sang qui se tord hors de

la scène solitaire I

Elle se tord ! — Elle se tord ! — En de mortelles

étreintes les mimes deviennent sa pâture, etlesséraphinssanglotentenvoyantlescrochetsduver mouillés de sang humain caillé.

Éteintes — éteintes sont les lumières — éteintes

toutes !

Et, sur chaque forme palpitante, le rideau, un poêle funèbre, descend avec la violence d'une tempête, et les anges, tous pâles et hâves, se levant, se dévoilant, affirment que la pièce est la tragédie « l'Homme » et son héros le Ver Conquérant.

ILENGE

Il est des qualités, des choses incorporelles,

qui ont une double vie, faite selon

un type de cette entité jumelle qui jaillit

de la matière et de la lumière, visible dans le solide

et l'ombre.

Il y a un Silence double — la mer et le rivage — le corps et l'âme. L'un réside dans les lieux solitaires, fraîchement recouverts d'herbe nouvelle ; de solennelles grâces, d'humains souvenirs et une science pleine de larmes le rendent sans terreur; son nom est « Non plus. > C'est le Silence corporel : ne le crains pas 1 Il n'a aucuQe puissance malfaisante en lui-même; mais si quelque urgente destinée (sort prématuré 1) te fait rencontrer son ombre (elfe sans nom, qui hante les solitaires régions que ne foule aucun pied humain) recommande-toi à Dieul

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