JACINTA
Voilà, Madame, le livre {A part.) Vrai, elle est bien ennuyeuse.
LALAGÉ, étonnée.
Que dis-tu, Jacinta? Ai-je fait quelque chose pour te chagriner ou te vexer? — J'en suis fâchée Car tu me sers depuislongtemps et tu as toujours été fidèle et respectueuse. {Elle reprend sa lecture.)
JACINTA, apart.
Je ne puis croire qu'elle ait encore des bijoux — non — non — elle me les a tous donnés.
LALAGÉ
Qu'as-tu dit, Jacinta? Maintenant j*y pense, tu ne m'as pas parlé dernièrement de ton mariage. Gomment va le brave Ugo? — et à quand cela? Ne puis-je rien faire? — y a-t-il encore quelque
chose dont tu aies besoin, Jacinta ?
JAGINTA
S'il y a encore quelque chose l {Apart.) Gela est'pour moi. Je suis sûre, madame, que
vous n'avez pas besoin de me jeter constamment ces bijoux à la tête.
LALAGE
Les bijoux! Jacinla, — maintenant en vérité, Jacinla, je ne pensais pas aux bijoux.
JAGINTA
Oh, que non peut-être I Mais cependant je l'aurais juré. Après tout, il y a Ugo qui dit que la bague est simplement fausse, car il est sûr que le Comte Castiglione jamais n'aurait donné un vrai diamant à quelqu'un comme
vous ; et d'ailleurs je suis certaine, Madame, que vous ne
pouvez avoir besoin de bijoux maintenant Mais, je l'aurais
juré.
{Exit.)
(L AL AGE fond en larmes et appuie sa tête sur la table — après une courte pause elle la relève)'
LALAGÉ
Pauvre Lalagé 1 — et en être venue là?
Ta servante ! — mais courage I — ce n'est qu'une
vipère que tu as caressée qui te pique jusqu'à l'âme 1
{Prenant le miroir.) Ah ! voici du moins un ami — trop un ami dans les jours passés — un ami ne te trompera pas. Beau et fidèle miroir I dis-moi maintenant (car tu le
peux)
POÈMES DE l'âge MUR 103
un joli — un joli conte — et ne te
soucie pas qu'il soit plein de douleur. Il me répond.
Il parle d'yeux enfoncés, de joues ridées,
et d'une Beauté morte depuis longtemps — il me
rappelle la Joie enfuie — l'Espoir, le séraphique Espoir, mis dans Turne et dans la tombe ! — maintenant,
d'un ton bas, triste et solennel, mais très perceptible, il parle d'une vieille tombe s'ouvrant prématurément pour une vierge perdue. Beau et fidèle miroir I — tu
ne mens pas !
Toi, tu n'as aucun but de gain — aucun cœur à briser — Castiglione mentait, lui qui disait qu'il m'aimait — toi tu es vrai 1 — lui faux ! — faux I — faux !
(Pendant qu'elle parle, un moine entre dans son appartement et s'approche sans être vu.)
LE MOINE
Tu as un refuge, douce fille, dans le Ciel 1 Pense aux choses éternelles !