‹ Poésies complètesChapitre 5 sur 70 · LES CLOCHES · texte numérisé non relu

LES CLOCHES

Ecoute les traîneaux avec leurs cloches, —

cloches d'argent 1

Quel monde de gaîté prédit leur mélodie !

Comme elles tintent, tintent, tintent,

dans l'air glacé de la nuit !

Tandis que les étoiles qui saupoudrent

tous les cieux, semblent scintiller

d'un cristallin délice ;

gardant la mesure, mesure, mesure,

en une sorte de rythme Runique,

aveclatitinnabulation qui si musicalement sourd

des cloche?, cloches, cloches, cloches,

cloches, cloches, cloches —

du cliquetis et du tintement des cloches.

Écoute les mélodieuses cloches nuptiales,

cloches d'or!

Quel monde de bonheur prédit leur harmonie I

A travers l'air balsamique de la nuit

comme elles résonnent avec délices 1

Des notes d'or fondu

et toutes d'accord,

quel liquide chant flotte vers

la tourterelle qui écoute en fixant la lune I

Oh, de ces cellules résonnantes,

quel jaillissement euphonique sourd grandiose l

Comme il éclate !

Gomme il demeure

dans le Futur ! Comme il dit

le ravissement qui pousse

à ce balancement et à cette sonnerie

des cloches, cloches, cloches,

des cloches, cloches, cloches, cloches,

cloches, cloches, cloches —

au rythme et au carillon des cloches I

Écoute les cloches bruyantes d'alarme —

cloches d'airain I

Quelle histoire de terreur raconte maintenant leur

turbulence !

A l'oreille frémissante de la nuit comme elles crient leur effroi I Trop effrayées pour parler^ elles ne savent que crier, crier, hors d'accord,

dans un appel bruyant à la merci du feu, dans une folle dispute avec le feu sourd et délirant, sautant plus haut, plus haut, plus haut, avec un désir désespéré et un effort résolu

maintenant — maintenant de monter ou jamais, à côté de la lune au visage pâle.

Oh, les cloches, cloches, cloches ! Quelle histoire leur terreur raconte de Désespoir !

Comme elles crient, et sonnent et mugissent l Quelle horreur elles déversent dans le sein de l'air palpitant !

Cependant l'oreille sait pleinement, à leur acuité et selon leur cri, les flux et les reflux du danger;

cependant l'oreille sent distinctement,

à leur bruit discordant,

à leur criaillerie,

si le danger tombe ou s'élève,

à l'apaisement ou à l'accroissement de la colère des

cloches — des cloches —

des cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches, cloches — à la clameur el à la révolte des cloches l

Écoute le glas des cloches —

cloches de fer I

Quel monde de solennelle pensée contient leur mo-

nodie !

Dans le silence de la nuit, comme nous tressaillons d'effroi à la mélancolique menace de leur voix I Car chaque son qui s'envole de la rouille de leur gosier est un gémissement.

Et les gens — ah, les gens — ceux qui demeurent dans le clocher, tout seuls,

et qui sonnent le glas, glas, glas, dans cette monotonie voilée éprouvent une gloire à rouler ainsi

une pierre sur le cœur humain. —

Ils ne sont ni hommes ni femmes. —

Ils ne sont ni brutes ni humains. —

Ils sont les Ghouls :

et c'est leur roi qui sonne le glas,

et déroule, déroule, déroule,

déroule

un péan des cloches î

Et son cœur joyeux se gonfle

au péan des cloches !

Et il danse, et il hurle,

gardant la mesure, mesure, mesure,

en une sorte de rythme Runique,

au péan des cloches —

des cloches:

gardant la mesure, mesure, mesure,

en une sorte de rythme Runique,

au battement de cœur des cloches —

des cloches, cloches, cloches —

au sanglot des cloches ;

gardant la mesure, mesure, mesure,

tandis qu'il sonne le glas, glas, glas,

en un heureux rythme Runique,

au roulement des cloches,

des clocties, cloches, cloches —

au glas des cloches,

des cloches, cloches, cloches, cloches —

cloches, cloches, cloches —

à la lamentation et au gémissement des cloches.

ULALUME

Les cieux étaient de cendre et tristes;

les feuilles étaient tordues et sèches —

les feuilles étaient flétries et sèches;

c'était une nuit dans le solitaire Octobre

de ma plus immémoriale année;

c'était tout près du sombre lac d'Auber,

au milieu de la brumeuse région de Weir —

c'était là-bas près de l'humide marais d'Auber

dans les bois, hantés par les Ghouls, de Weir.

Ici, une fois, par une allée Tilanesque

de cyprès, j'errais avec mon âme —

de cyprès, avec Psyché, mon âme.

C'étaient ces jours où mon cœur était volcanique

comme les rivières de scories qui roulent —

comme les laves qui roulent turbulentes

leurs courants de soufre en bas d'Yanek

dans les ultimes régions du pôle —

qui gémissent tandis qu'ils roulent du mont Yanek

dans les royaumes du pôle boréal.

Notre conversation avait été sérieuse et triste, mais nos pensées étaient paralysées et sèches — nos remembrances étaient traîtresses et sèches — car nous ne savions pas que le mois fût Octobre, et nous ne remarquions pas la nuit de l'année — (Ah, nuit de toutes les nuits de l'année 1) Nous ne voyions pas le sombre lac d'Auber — (bien qu'une fois nous eussions voyagé jusque-là). — Nous ne nous souvenions pas de l'humide marais

d'Auber, ni des bois, hantés par les Ghouls, de Weir.

Et maintenant, comme la nuit était veillissantC; et que le cadran stellaire marquait le matin — que le cadran stellaire indiquait le matin — au bout de notre sentier, une liquescente et nébuleuse lueur naquit, hors de laquelle un miraculeux croissant se leva avec une double corne — Tadamantin croissant d'Astarté, distinct avec sa double corne.

Et je dis — « Elle est plus chaude que Diane : elle roule à travers un éther de soupirs —

elle se joue sans frein dans une région de soupirs

elle a vu que les larmes ne sont pas séchées sur

ces joues, où le ver ne meurt jamais,

et elle est venue à travers les étoiles du Lion,

pour nous indiquer le sentier des cieux —

de la Léthéenne paix des cieux —

elle s'est levée, en dépit du Lion,

pour nous éclairer de ses yeux brillants —

elle s'est levée à travers le repaire du Lion,

avec l'amour dans ses yeux lumineux ».

Mais Psyché, levant son doigt, dit — « Tristement de cette étoile je me méfie : — de sa pâleur étrangement je me méfie I — Oh, hâtons-nous ! — Oh, ne nous arrêtons pas ! Oh, fuyons ! — fuyons ! — car il le faut. » Dans la terreur elle parla, laissant tomber ses ailes jusqu'à ce qu'elles traînent dans la poussière — dans l'agonie elle sanglota, laissant tomber ses plumes jusqu'à ce qu'elles traînent dans la poussière — jusqu'à ce que mélancoliquement elles traînent dans la poussière.

Je répondis — « Ce n'est rien qu'un rêve : continuons par cette tremblante lumière ! Baignons-nous dans cette cristalline lumière ! Sa Sibylline splendeur rayonne

d'Espoir et de Beauté cette nuit : —

Vois 1 — elle s'élève en vacillant jusqu'au firmament

à travers la nuit !

Ah 1 sûrement, nous pouvons nous fier à sa lueur, et être sûrs qu'elle nous conduira bien ; sûrement nous pouvons nous fier à une lueur qui ne peut que nous guider bien, puisqu'elle s'élève en vacillant jusqu'au Ciel à travers

la nuit I

Ainsi je calmai Psyché et l'embrassai,

et la tentai hors de sa mélancolie —

et vainquis ses scrupules et sa mélancolie ;

et nous continuâmes jusqu'à la fin de l'avenue,

mais nous fûmes arrêtés par la porte d'une tombe —

par la porte d'une tombe ornée d'une inscription !

et je dis : — « Qu'y a-t-il d'écrit, douce sœur,

sur la porte de cette tombe ornée d'une inscription ? »

Elle répondit: — « Ulalume — Ulalume —

c'est le caveau de ton Ulalume perdue ! »

Alors mon cœur devint de cendre et triste

comme les feuilles qui étaient tordues et sèches —

comme les feuilles qui étaient flétries et sèches —

et je criai : — « C'était sûrement Octobre,

dans cette même nuit de la dernière année

que j'ai voyagé — j'ai voyagé jusqu'ici-bas —

que j'ai porté un terrible fardeau jusqu'ici —

dans cette nuit de toutes les nuits de Tannée.

Ah 1 quel démon m'a tenté ici ?

Je reconnaisbien, maintenant, ce sombre lacd'Auber —

au milieu de la brumeuse région de Weir, —

je reconnais bien, maintenant, cet humide marais

d'Auber, — ces bois, hantés par les Ghouls, de Weir. »

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