‹ Poésies complètesChapitre 64 sur 70 · IRENE · texte numérisé non relu

IRENE

C'est maintenant (ainsi chante la lune planante)

minuit dans le doux mois de Juin,

quand les visions ailées aiment à se reposer

paresseusement sur les yeux de la Beauté

ou pis — danser sur son front

en apparat de vieille romance,

jusqu'à ce que pensées et boucles soient devenues,

hélas!

une masse à jamais indébrouillable.

Une influence roséeuse, assoupissante, vague,

s'égoutte de ce halo d'or ;

les tours grises se fondent dans le repos,

s'enveloppant la poitrine de brouillard ;

semblable à Léthé, voyez! le lac

paraît prendre un sommeil conscient,

et ne voudrait, pour tout au monde, s'éveiller ;

le romarin dort sur la tombe —

le lys s'étend sur l'onde —

et des millions de pins brillants çà et là

bercent une chanson de nourrice en se mouvant,

au chêne solitaire qui vacille d'ivresse,

en se penchant au-dessus de l'abîme obscur.

Toute Beauté dort: et voilai où repose,

avec sa fenêtre ouverte aux cieux,

Irène, avec ses destinées 1

Ainsi murmure la lune à son oreille :

< 0 dame douce ! comment es-tu venue ici?

étranges sont tes paupières — étrange ton vêtement!

et étratnge la glorieuse longueur de tes tresses !

Sûrement tu es venue sur des mers lointaines,

merveille pour nos arbres solitaires 1

Quelque gentille brise a pensé bien faire

d'ouvrir ta fenêtre à la nuit,

et les airs folâtres du sommet des arbres,

en souriant, à travers la croisée, se glissent,

et balancent ce baldaquin de pourpre

comme une bannière sur tes yeux qui rêvent I

Dame, éveille-toi! dame, éveille-toi!

pour l'amour du saint Jésus!

car étrangement — craintivement dans cette chambre

mes ombres colorées montent et descendent 1 »

La dame dort ; les morls dorment tous —

au moins aussi longtemps que pleure l'Amour:

en léthargie l'esprit aime à se reposer

aussi longtemps que les larmes dans les yeux du

Souvenir :

mais quand une semaine ou deux sont passées, et que le rire léger étouffe le soupir, iadigné de la tombe, il prend son chemin vers quelque lac ressouvenu où souvent — en vie — avec des amis — il venait se baigner dans le pur élément, et là, de l'herbe non foulée

tressant en guirlande pour son front transparent ces fleurs qui disent (ah, écoute-les maintenant !) aux vents nocturnes qui passent, « Aï ! Aï ! hélas ! — hélas ! »

scrute pour un moment, avant de partir, les eaux claires qui coulent là, puis s'enfonce (surchargé de douleur) dans le ciel incertain et ténébreux.

La dame dort : oh, puisse son sommeil, tant qu'il dure, être aussi profond — qu'aucun verglacé ne rampe autour d'elle : je prie Dieu qu'elle puisse reposer à jamais avec des yeux aussi calmes, cette chambre changée en une plus sainte, ce lit en un plus mélancolique.

Loin dans la forêt sombre et vieille,

puisse pour elle quelque haute voûte s'ouvrir,

contre la porte retentissante de laquelle elle a jeté. dans son enfance, bien des pierres oisives — quelque tombe, qui souvent a déployé ses noirs panneaux aux ailes de vampire, flottant en triomphe sur les poêles des funérailles de son ancienne famille.

Voir la, Dormeuse, p.

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