‹ Poésies complètesChapitre 63 sur 70 · DANS MA JEUNESSE J'AI CONNU QUELQU^UN · texte numérisé non relu

DANS MA JEUNESSE J'AI CONNU QUELQU^UN

Combien souvent nous oublions le temps,

quand solitaires nous admirons le trône de la Nature uni-

verselle ; ses bois, ses déserts, ses montagnes. Vin-

tense réponse qu'elle fait à notre intelligence '

Dans ma jeunesse j'ai connu quelqu'un avec qui la

Terre s'entretenait secrètement — comme lui avec elle, dans le jour et dans la beauté, depuis sa naissance ; l'ardente, vacillante torche de sa vie recevait sa

flamme du soleil et des étoiles, d'où il avait extrait une lumière passionnée à laquelle son esprit était

entièrement préparé — et cependant cet esprit savait — non à l'heure de sa propre ferveur — quel pouvoir il avait sur elle .

Peut-être se peut-il que mon esprit soit amené à une ferveur par le clair de lune qui tombe, mais je croirai presque que cette lumière est chargée de plus de souveraineté que la science d'autrefois ne l'a jamais dit — ou bien est-ce d'une pensée l'essence immatérielle, et pas plus, qui avec un charme vivifiant passe sur nous, comme la rosée nocturne sur l'herbe de l'été?

Passe-t-elle sur nous, quand, comme l'œil qui se dilate

à la vue de l'objet aimé — ainsi la larme à la paupière

tressaillira, qui récemment dormait apathique?

Et pourtant il n'a pas besoin (cet objet) de se dérober

à nous pendant la vie, mais communément, qui est présent

à chaque heure devant nous— mais seulement alors nous commande

par une étrange résonnance, comme d'une corde de harpe brisée

qui nous éveille — C'est un symbole et un gage —

De ce qui sera dans les autres mondes et sera donné

en beauté par notre Dieu, à ceux-là seuls

qui autrement seraient déchus de la vie et du Ciel

privés par la passion de leur cœur, et cette voix,

cette haute voix de l'esprit qui a lutté

sinon contre la Foi — contre la piété — dont le trône

avec une énergie désespérée a été abattu ;

portant son sentiment profond comme une couronne.

UN PEAN

Comment le rituel funèbre sera-t-il lu?

Le chant solennel chanté?

Le requiem pour la plus belle morte, qui jamais mourut si jeune ?

Ses amis la contemplent,

et son cercueil éclatant,

et pleurent ! — oh, déshonorer

la beauté morte par une larme !

Ils Taimaient pour ses richesses — et la haïssaient pour son orgueil — mais elle tomba en faible santé, et ils r aimaient — parce qu'elle mourait.

Ils me disent (tandis qu'ils parlent

de son « poêle coûteusement brodé »),

que ma voix défaille —

que je ne devrais pas chanter du tout.

Ou que mon ton devrait être

en rapport avec un chant si solennel,

si triste — si triste —

que la morte n'en puisse souffrir.

Car elle est partie en haut,

avec le jeune Espoir à son côté,

et je suis ivre d'amour

pour la morte qui est mon épouse —

Pour la morte — la morte qui gît

là, toute parfumée,

avec la mort sur ses yeux,

et la vie sur ses cheveux.

Ainsi sur le cercueil longtemps et fort je frappe — ce bruit répandu à travers la chambre grise, de mon chant sera l'accompagnement.

Tu meurs dans le Juin de ta vie — mais tu n'es pas morte trop belle :

tu n'es pas morte trop tôt, ni avec une musique trop calme.

De bien plus que tes amis sur terre ta vie et ton amour sont séparés, pour se joindre à la joie immaculée de plus que des trônes au Ciel —

Pour toi cette nuit je ne chanterai aucun requiem, mais t'aiderai dans ton vol avec un Péan des vieux jours.

Voir Lenore, p. 73.

Si ma vie première semble

comme elle peut le paraître un rêve —

cependant je ne bâtis aucune foi sur

le roi Napoléon —

je ne cherche pas là-haut

ma destinée dans une étoile.

En me séparant de vous maintenant

j'avouerai ceci —

il y a, et il y a eu des êtres

que mon esprit n'aurait pas vus

si je les avais laissé passer près de moi

d'un œil rêveur —

Si mon repos s'est enfui

dans une nuit — ou dans un jour —

dans une vision — ou non —

est-il pour cela moins parti?

Je me tiens au milieu des mugissements

d'un rivage battu par la tempête,

et je tiens dans ma main

des grains de sable —

Combien peu! et comme ils glissent

à travers mes doigts dans l'abîme 1

Mes premières espérances? non — elles

s'en allèrent glorieusement,

comme l'éclair s'en va du ciel,

d'un coup — et moi, je m'en irai de même.

Si jeune? x\h! non — pas maintenant —

tu n'as pas vu mon front;

mais ils te disent que je suis orgueilleux —

ils mentent — ils mentent à haute voix —

mon sein bat de honte

à la vileté du nom

qu'ils osent associer

à un sentiment tel que le mien —

Ni stoïque? je ne le suis pas :

dans la teneur de ma destinée,

je ris en pensant combien pauvre

est la joie « de souffrir» I

Quoi I ombre de Zenon ! — Moi

souffrir 1 — non — non — défier.

Voir Imitation, p. 202 et Un rêve dans un rêve, p. S'

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