‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 38 sur 108 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

MARFISE

Mauvaise ? mais pourquoi ?

Je sens qu'une demande aussi gauchement faite, M'a dû faire à vos yeux passer pour une bête.

MARFISE

Croyez...

Je sais qu'il est impossible autrement.

MARFISE

Je vous jure. Monsieur...

LÉLIO

Non, non, point de serment.

Je ne m'en fftche pas, et m'y devais attendre; Mais, pour toute faveur, laissez-moi m'en défendre.

(sur un gesto de Maiflfie, il continue.)

Je fus dans tous les temps gauche ù parler d'amour,

£t des choses du cœur je ne sais pas le tour.

Ce n'est pas que je sois plus bête que tant d'autres

Qui savent se produire et font les bons apôtres ;

Mais c'est timidité. De toute autre façon

Je tiens un rang honnête entre l'aigle et Toison.

MARFISE

Quoi! timide... à votre âge?

il6 LES MÉPRISES DE L'AMOUR.

LÉLIO

A mon âge, oui , Madame.

Mais entendez timide à côté d'une femme, Car j'ai partout ailleurs le verbe ferme et droit , Et je soutiens mon dire envers qui que ce soit.

MARFISE

Cette inégalité...

lia cause en est bizarre.

Et vous expliquera mon humeur assez rare.

J'eus pour père un ancien liberîin... de bon lieu , Rangé par la vieillesse à la crainuj de Dieu - Qui , pour me détourner des périls où sans cesse La bonne opinion expose la jeunesse.

Dès l'âge de raison mit un soin tout dévot A me persuader que j'étais un magot , Que l'on ne pouvait pas. me regarder sans rire, Que j'avais le nez grand et la bouche encor pire ; Et j'étais dans le fait assez défectueux.

Mais, grâce à ses discours, je me crus monstrueux.

MARFISE

Voilà certe un parent fait d'une étrange sorte.

LÉLIO

Comme ma mère, hélas 1 dès longtemps était morte

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