FLAVIE
C'est à toi de m'ôter le repos que je t'ôte ;
Et si je ne sens pas ton trouble et ta langueur,
Ke m'en accuse plus, berger, car c'est ta faute.
— Que puls-je faire plus, dis-moi, pour être aimé? Puisque rien ne t'émeut , ni ma longue prière ,
Ni le deuil qui m'a pris mon chant accoutumé , Ki mon front qui pâlit et fait peur à ma mère; Par quel charme ton cœur peut-il être charmé ? Je t'aime et ne sais pas d'autre ruse pour plaire.
— L'industrieux amant et l'esprit délié , Qui pour une défaite a perdu l'espérance ! Tu te crois sans ressource , et tu n'as essayé , Pauvre garçon, qu'un piège à mon indifférence? Puisque tu ne m'as pu toucher par la pitié , Tente-moi , si tu peux , par la reconnaissance.
— J'ai chez moi certaine urne à rafraîchir le vin , Dont chaque anse, sculptée en forme de bacchante, Semble inviter les gens par un geste divin
A plonger dans le flot une coupe fréquente :
Je te la donnerais , pourvu qu'il te souvînt
De la venir chercher sous le berceau d'acanthe.
FLWIE.
— Si ton urne est si belle , avant la fin du jour Apporte-la , berger , et je viendrai la prendre.
— Fille avare ! c'est moi qui refuse à mon tour ! Tu ne méritais pas un serviteur si tendre.
Je conserve mon urne et suis guéri. L'am.our
Ne vaut pas qu'on l'achète alors qu'il est à vendre.
ORSO
« Cette chanson sauvage et cette voix lointaine Ma chère , c'est Orso qui revient dans la plaine , Orso qui m'a vue hier et me verra demain ; Suivant de la montagne une dernière pente , Il guide lestement, son troupeau lourd , et chante Parmi les pieds pesants des bœufs sur le chemin.
0 Quand il passe le soir , la belle paysanne
Qui vient de récolter ses blés mûrs et qui vanne ,
Pour le mieux voir passer , pour mieux ouïr son chant,
36 ORSO
]\îonte sur les degrés écornés de sa porte ,
Et dit qu'il est plus beau le soir, et qu'il emporte
Dans ses cheveux dorés un rayon du couchant.
« Quand il passe au matin par la plaine , les filles
S'arrêtent pour le voir et posent leurs faucilles;
Car son visage alors est plus pur et vermeil ;
Il a soigneusement peigné sa barbe molle
Et porte sur son front la joyeuse auréole
Qu'après un jour de peine on prend dans le sommeil.
« Mais le pâtre a le cœur plus haut que sa fortune ; Et sans s'inquiéter s'il est aimé d'aucune , Si les filles des champs rougissent ù son nom , Et, faisant leur travail au cri de la cigale , Songent à mieux garder leur figure du hâle Pour disputer son cœur, Orso prend le plus long.
« Orso prend le plus long de deux milles peut-être, Pour voir flotter un pan de voile ii ma fenêtre. Mais c'est là que finit son audace d'amour ! Et moi, pour consoler sa tendresse muette, A ses yeux tous les soirs j'accorde cette fête, Et lui laisse emporter du bonheur pour un jour
ORSO
Ainçi parlait Stella, fille noble de Sienne.
Le pâtre, insouciant de la patricienne,
Avait une maîtresse au village voisin ;
Et ne l'eût pas troquée avec une marquise ,
Car elle avait Tœil noir et la taille bien prise,
Et jamais cœur plus doux nïiabita plus beau sein.