‹ Poésies complètesChapitre 17 sur 118 · LE CAVALIER · texte numérisé non relu

LE CAVALIER

« Entre ces deux chemins , quel est le mien , la fille?

— Où vas-tu, cavalier? car tu ne le dis pas.

— Ta jambe nue est ronde , et fine ta cheville ; Sur ton front ta corbeille arrondit tes beaux bras ; Les cils sont longs et noirs sous lesquels ton œil brille... Et j'ignore où je vais, car je vais où tu vas.

— Tu vas donc chez Téo , le beau pasteur de chèvres, A qui ma jambe ronde aura bientôt porté

Les cils noirs de mes yeux , les baisers de mes lèvres,

^.0 LF CAVALIER.

Tout ce que j"ai d'amour, ce que j'a'i de beauté; Et c'est encor trop peu pour les ardentes fièvres Que ma présence allume en son cœur enchanté.

— S'il ne faut que t'aimer pour t'avoir en partage, Je t'aime. Mais s'il faut pour te plaire un troupeau Qu'on mène tous les jours tondre le pâturage, Maudit soit le destin qui m'a dès le berceau Marqué pour les combats, le fer et le carnage,

Et fait homme d'épée et non de chalumeau !

~ Un guerrier est un roi parmi la race humaine ! Les bergers en tremblant lui font un bon accueil, Et la femme «^u'il aime a droit d'être hautaine Car sa maison est crainte et son nom veille au seuiL Que j'aimerais Téo, s'il était capitaine. Et d'un fer redouté soutenait mon orgueil !

— Monte en croupe avec moi. Sans peur d'être repriw Tu pourras être fière et narguer l'envieux.

Ma part dans le butin de toute ville prise

Ornera ton beau col 0.2 colliers précieux ;

Je veux qu'en nous voyant passer tous deux , on dise :

0 l'épouse splendide et l'époux glorieux 1

LE CAVALIER. 4l

— lié quoi ! méchant, pour toi tu veux que je trahisse

La foi que j'ai jurée au jDauvre chevrier !

Mais, si je l'abandonne, il faudra qu'il périsse...

Il me Ta dit au moins. Et puis, beau cavalier,

Comment à tes côtés veux-tu que je me hisse

Si tu ne me tends pas la main et l'étrier"?

Quel bonheur, compagnons, après tant de carnage. De retourner chez soi paisible et glorieux , De conter ses combats aux filles du village En suivant la terreur du récit dans leurs yeux I

Notre fière tournure embarrasse nos belles; Chacune à nos baisers d'un air gauche et charmant Offre sa joue en fleur et nous craint infidèles, Tant nous leur semblons beaux et vêtus galamment l

Marguerite m'attend et j'aime ?Jarguerite. Couché dans mon manteau sur la terre, le soir,

.le la voyais toujours rose , fine et petite ,

Comme au temps où venant sur mes genoux s'asseoir,

Kiîe appuyait gaîment sa tête sur la mienne, !^t ne soupçonnait pas un sujet de rougeur Dans ce doux voisinage où sa paisible haleine D'un tumulte effréné soulevait tout mon cœur.

L'avez-vous vue, amis, par la danse essoufflée? En vain sur le gazon elle se reposait, Et voulait réprimer de sa main effilée Son jeune sein rebelle aux gênes du corset

Tel un oiseau surpris sous l'épaisse feuillée Qui fuit loin, et, bientôt à l'abri du chasseur, Ne peut rendre le calme à sa plume effrayée, Et tremble encor longtemps après avoir eu peur.

Nous approchons. Voici les sentiers remplis d'herbes Par où nous revenions le soir de ia moisson. Les filles nous suivaient ; nous leur portions leurs gerbes , Et trouvions le chemin court jusqu'à la maison.

J'étais si jeune alors que lorsque .Marguerite

De mon baiser timide éloignait son front blanc,

J'attendais sottement que la pauvre petite

Me rapportât son front ou sa joue en tremblant.

Après nos garnisons aux amours passagères, x\u toit de nos parents cherchons d'autres amours; Au toit de nos parents de jeunes ménagères S'élèvent pour nos lits, plus belles tous les jours.

Quelle est cette rougeaude aux cheveux de filasse, Dont le gros œil me fixe assez effrontément? Qu'elle est laide, mordieu! — Gare donc que je passe I Vous me reconnaîtrez au jour du jugement

— Max, dit la fille, ^.lax, c'est moi, ta fiancée!

— ^^îort non pas de mes jours' ne me plaisantez pasi Vous Marguerite, vous, celle que j'ai laissée Mince et fraîche en la fleur de ses jeunes appas ?

— Le soleil m'a brûlée, et la peine épaissie.

— J'en suis fâché pour vous. Amis, quel changement! Dieu vous garde une amante à chacun moins roussie. Je reprends du service et rentre au régiment.

Ouvre ton grand œil noir, ma belle; C'est une visite nouvelle Qui vient te donner le bonjour :

C'est ma muse , ma chaste muse Que je t'envoie, assez confuse De faire un message d'amour.

Depuis deux mois à demi morte Elle grelottait sur ma porte A nous entendre soupirer.

Ce soir la pauvre dédaignée ,

Voyant ma mine ref rognée ,

A cru rinstant bon pour rentrer.

Ami, dit-elle, on vous délaisse; Vos yeux sont noyés de tristesse , Vous pleureriez si vous vouliez.

Aimer seul est une folie ; Faut oublier qui vous oublie.

Et rire avec des yeux mouillés.

Voici votre fidèle amie

Qui vous revient , un peu blèmie

Par les ennuis de l'abandon.

J'ai bien pleuré, car je suis tendre;

Mais je reviens sans même attendre

Que vous me demandiez pardon.

Je suis la maîtresse soumise Qui jamais ne se formalise D'être traitée a\ ec rigueur ; S'il faut qu'une autre vous trahisse, C'est, moi qui cliange en cicatrice La blessure de votre cœur.

Je sais si bien comme tout passe, Qu'à chaque nouvelle disgrâce Je prépare des chants nouveaux Pour vous bercer et vous distraire A l'heure où le lit solitaire Vous rappelle ce que je vaux.

Voulez-vous que je vous les dise?

C'est rhistoire de Cidalise , Ou bien encor, s'il vous plaît mieux .

C'est le jus empourpré d'octobre Qui fait divaguer le plus sobre Et ragaillardit le plus vieux.

— Muse, si tu veux nrêtre utile, ' .

Prends ton vol et va par la ville T'abattre sur un frais boudoir. Ma maîtresse est toujours fidèle :

Dis-lui que mon cœur est près d'elle Et que je l'attends demain soir.

TRADUIT D'HORACE [Passim.

Voici fondre l'hiver au souffle du printemps : Des airs rassérénés ont fui les durs autans ;

C'est le tour du zéphyr aimable ; Regardant au dehors les prés verts , le ciel bleu , Le laboureur n'est plus réjoui par le feu

Ni le troupeau par son étable.

Déjà le bois, amis, prévoyant les chaleurs, Se hâte de pousser ses feuilles et ses fleurs

Et de nous préparer de l'ombre !

Bois aimé ! nous irons sous tes dômes épais

52 TRADUIT D'HOKAGE.

Nous coucher sur le clos et prendre encor le frais : Fais-nous vite un réduit bien sombre I

Que le pin toujours vert et le blanc peuplier Nous tressent promptement Tombrago hospitalier.

Et que les ondes toujours pures Du ruisseau dont Fhiver a suspendu les jeux, S'empressent en tremblant dans leur lit sinueux

Et recommencent leurs murmures.

C'est là que nous ferons à l'écart du soleil Apporter des parfums avec du vin vermeil

Et les roses trop tôt fanées, Tandis que la jeunesse ignorant les soucis, Et les avares sœurs qui mesurent nos fils , Nous permettent encor de perdi^e nos journées.

Jouissons , car la mort pousse d'un pied égal La cabane du pauvre et le trône royal ;

La courte somme de la vie Nous défend de bâtir dans l'avenir lointain ; Ketranciions notre espoir aux bornes d'un matin ;• Cueillons l'heure : qui sait de quoi l'heure est suivie ?

IMITE D'ALCEE.

Je veux porter mon fer caché sous un feston , Ainsi qu'Harmodius et qu'Aristogiton.

Préférant plus d'iionneur tous deux à plus d^'années, lis frappèrent Hipparque au milieu des flatteurs ,

Au temple des Panatliénées :

Meurtriers d'un tyran , non ! sacrificateurs , Car ils offraient son sang aux Dieux libérateurs ,

Aux vengeurs des lois détrônées !

Je veux porter mon fer caché sous un feston , Ainsi qu'Harmodius et qu'Aristogiton.

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