A F. PONSARD
J'ai parfois entendu que Phœbus Apollon
Était mort ou dormait sur le vert Hélicon ;
Muse, par tes pieds blancs qu'agenouillé je touche,
Mène-moi vers sa tombe, ou s'il dort, vers sa couche.
Que je puisse adorer son tombeau s'il est mort,
Ou par mes doux concerts le réveiller s'il dort. »
Tu lui parlas ainsi , mais d'une voix divine.
Alors elle : « A ton chant, je sais ton origine;
Corneille est ton aïeul, et le triste Chénier
Sans toi de mes enfants eût été le dernier.
Regarde-moi I Je suis des poètes la mère,
Celle qui de ses chants berça le grand Homère,
Celle qui seulement entrevue une fois ,
Subjugue pour jamais les esprits sous ses lois,
Entre violemment au sein des plus rebelles.
Leur défend de porter en eux d'autres modèles,
Et grandissant chacun à son souffle de feu ,
Fait d'un homme un poète et d'un poète un dieu !
Qu'importe sur ces monts que Phœbus gise ou dorme !
Regarde, et dans tes vers souviens-toi de ma forme ,
Car, je t'en avertis, mon immortalité
Se gagne à réfléchir ma parfaite beauté ! »
Et toi, tu te souviens de l'heureuse rencontre :