‹ Poésies complètesChapitre 2 sur 118 · A F. PONSARD · texte numérisé non relu

A F. PONSARD

J'ai parfois entendu que Phœbus Apollon

Était mort ou dormait sur le vert Hélicon ;

Muse, par tes pieds blancs qu'agenouillé je touche,

Mène-moi vers sa tombe, ou s'il dort, vers sa couche.

Que je puisse adorer son tombeau s'il est mort,

Ou par mes doux concerts le réveiller s'il dort. »

Tu lui parlas ainsi , mais d'une voix divine.

Alors elle : « A ton chant, je sais ton origine;

Corneille est ton aïeul, et le triste Chénier

Sans toi de mes enfants eût été le dernier.

Regarde-moi I Je suis des poètes la mère,

Celle qui de ses chants berça le grand Homère,

Celle qui seulement entrevue une fois ,

Subjugue pour jamais les esprits sous ses lois,

Entre violemment au sein des plus rebelles.

Leur défend de porter en eux d'autres modèles,

Et grandissant chacun à son souffle de feu ,

Fait d'un homme un poète et d'un poète un dieu !

Qu'importe sur ces monts que Phœbus gise ou dorme !

Regarde, et dans tes vers souviens-toi de ma forme ,

Car, je t'en avertis, mon immortalité

Se gagne à réfléchir ma parfaite beauté ! »

Et toi, tu te souviens de l'heureuse rencontre :

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