ACTE I, SCENE II
SI A R F I s E , contrainte
Bonjour.
Que savez-vous de neuf?
ADRASTE
Rien. Pour toute nouvelle , Je suis toujours épris , comme vous toujours belle.
MARFISE
Fi ! pouvez-vous ainsi donner dans la fadeur ! Laissons le badinage : avez-vous vu ma sœur ?
ADRASTE
Sylvia se promène avec sa camériste :
Mais je...
MARFISE
Depuis huit jours je la trouve un peu triste.
ADRASTE
Elle n'est pas la seule et je le suis aussi.
Hé! chacun ici-bas, Adraste, a son souci.
J'ai moi-même le mien qui me poursuitsans trêve;
Mon procès me tourmente à ce point que j'en rêve.
ADRASTE, à part.
Elle veut m'échapper, je m'y suis attendu.
MARFISE
J'ai rêvé cette nuit que je l'avais perdu.
ADRASTE
Vilain rêve ! Pour moi , j'ai fait de plus doux songes,
MARFISE
Les rêves , par bonheur, sont autant de mensonges.
ADRASTE
Je viens savoir de vous si le mien a menti.
MARFISE
En joie à mon réveil le mien s'est converti. Mon plaideur, Lélio, qui ne m'a jamais vue. Me demande par lettre un moment d'entrevue , Afin de transiger. — Je l'attends aujourd'hui.
ADRASTE
Certe , il est bien heureux ! vous l'écouterez , lui !
MARFISE
V' ous êtes susceptible ! — hé bien ! je vous écoute : Que me conseillez-vous? de transiger?
Sans doute.
Mais ce n'est pas cela...
MARFISE
Mon procureur prétend Que le droit est pour moi...
ADRASTE
Tous en disent autant; Mais laissons le procès, je vous prie, et pour cause.