‹ Poésies complètesChapitre 42 sur 118 · M A R F I SE · texte numérisé non relu

M A R F I SE

Vous me connaissez , vous ?

LÉLIO

Oui. Je me suis permis De m'informer de vous à de communs amis ; Tous m'ont dit qu'en appas votre personne abonde, Que vous avez les yeux les plus charmants du monde, De la grâce surtout jusques au bout des doigts , Une bonne santé, vingt-cinq ans dans deux mois.. Et ce portrait n'a rien que votre aspect n'efface, Autant qu'en peut juger une vue un peu basse.

MARFISE, souriant.

Ainsi vous me trouvez belle... pro])ab]ement,

Uâ LES MÉPRISES DE L'AMOUR.

Et n'affirmeriez pas mes beaux yeux par serment?

Que si fait î et plutôt deux fois quime, Madame ! Car ce portrait de vous, je le tiens d'une femme, Ce qui m'a fait vous dire avec sécurité Que le portrait n'est rien près de la vérité. — D'ailleurs ce n'est pas tant la beauté qui m'importe Que de savoir comment votre humeur se comporte; Et je sais par des gens dignes de toute foi Que le destin vous semble avoir faite pour moi. Vous n'êtes point coquette et point sentimentale; Point moqueuse; d'humeur douce et toujours égale ; D'un sens calme et rassis, d'un esprit juste et fin; D'un cœur honnête et droit par-dessus tout ; enfin (Et du ciel ce n'est pas le moindre tour de force) Femme à ne pas juger un homme sur l'écorce. Or c'est là le phénix, le prodige divin Que j'ai depuis six ans cherché toujours en vain.

MARFISE

Vous aimez le bon sens; mais vous n'en montrez guère A croire les rapports que chacun peut vous faire; Et vouloir m'épouser sur un simple portrait D'un homme réfléchi n'est certes pas le trait. Près de moi c'est plaider assez mal votre cause

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