ACTE ÎI, SCÈNE IIÎ. U
Si j'ai réellement rhiimeur qu'on me suppose; Et si je ne l'ai pas , c'est vous exposer fort A trouver un peu tard que vous avez eu tort.
LÉLIO
Ce prétendu hasard n'a rien que j'appréhende, Madame; car à l'air dont j'ai fait ma demande, Il faut pour l'accepter que vous ayez du sens Et préfériez le fond aux dehors séduisants. L'épreuve me suffit, et je n'en veux pas d'autre. Vous êtes bien mon fait dès que je suis le vôtre.
MARFISE
J'aime la raillerie et m'y prête au besoin ;
Mais franchement, JNIonsieur, celle-ci va trop loin.
Jamais de plaisanter je n'eus si peu d'envie. Et je ne fus jamais plus grave de m.a vie.
MARFISE
Alors ayez , Monsieur, s'il vous plaît , la bonté De changer le sujet de votre gravité.
LÉLIO
J'en suis confus, Madame : excusez mon audace, Mais...
MARFISE
Si vous persistez, je vous quitte la place.
Il me faut respecter ce rigoureux arrêt :
Mais trouvez bon du moins que ce soit à regret
Pour cela, j'y consens.
Merci. — Pour notre affaire, Puisque Texpédient ne peut vous satisfaire, Je vous en fais l'arbitre, et veux m'en rapporter A ce qu'il vous aura convenu d'arrêter.
MARFISE
Ce procédé, Monsieur...
Je vous crois juste et sage. Mais dussé-je en souffrir encor quelque dommage, Je l'aime mieux ainsi qu'être en guerre avec vous , Sur qui j'ai pu fonder un espoir aussi doux.
MARFISE
Mais, Monsieur...
Il est temps d'abréger ma visite.
Pourtant , un mot encore avant que je vous quitte; Car j'aurais de la peine à vous laisser de moi Mauvaise opinion...