ACTE IV, SCÈNE III
SYLVIA
Vous ne partirez pas, s'il réussit?
ADRÀSTE.
Sans doute :
Mais une réussite à ce prix-là me coûte. Employer un fripon...
GABIOLLE, à Spinette.
Il m'insulte , je croi ?
SYLVIA
Hé bien , ce n'est pas vous qui l'employez , c'est moi. Oubliez-vous déjà l'alliance jurée ?
ADRASTE
Hélas ! je vous croyais aussi désespérée.
SYLVIA
J'ai repris du courage et veux vous en donner.
SPINETTE
A la bonne heure donc ! voilà bien raisonner.
ADRASTE, à Gabiolle.
Fais ce que tu voudras , triple fourbe.
GABIOLLE. *
A merveille.
Nous sommes tous d'accord? — Terre, prête l'oreille! Voici l'invention dont je suis accouché Dans un cabaret borgne , au coin du Vieux Marché.
AD RAS TE
Abrège si tu peux.
GABIOLLE.
Non , jamais je n'abrège !
Je buvais , et buvant : mon cher fils , me disais-je , — Car le bon vin me rend plus tendre de moitié , Et je cause avec moi de meilleure amitié...
SPINETTE
Mais pour Gabiolle à jeun tu n'as pas grande haine?
GABIOLLE.
Sans doute : seulement il me fait de la peine.
Je buvais donc alors et me disais : mon fils ,
Examine d'abord le camp des ennemis.
Qu'y vois-tu? — Deux plaideurs las de la procédure,
Qui par le conjungo prétendent la conclure.
Comment les diviser? — Tête dure à l'excès!
Un procès les unit , fais finir le procès :
Suppose un jugement, ou —mieux encor — suppose
Que chacun des plaideurs a reçu gain de cause ,
Et lui cours annoncer que son procès gagné
Le fait riche à monceaux et l'autre ruiné.
Le monde est bien changé si , sous ta double attaque ,
D'une part tout au moins l'hymen ne se détraque.
Aussitôt dit, ma foi ! Monsieur, aussitôt fait :