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CHAPITRE III

LE LENDEMAIN d'u.N BAL — L"> SUICIDE — IN RENDEZ-VOLS

Elle n'a pu dormir la nuit... Elle a pleuré.

Le matin à des soins prudents est consacré; C'est un grand embarras qu'ime mort volontaire. Le jour où l'on se tue, on a beaucoup à faire.

Elle a revu son oncle avant de le quitter Pour toujours. — L'aimable oncle a voulu plaisanter Sur Alfred, la duchesse et le bal de la veille. Napoliue l'écoute en riant... ô merveill !

« Je l'avais dit : Alfred ne te convenait point,

» Et nous sommes d'accord maintenant sur ce point.

» N'y pensons plus!... Enfin, te voilà raisonnable.

» Va, tu ne l'aimais pas... Allons nous mettre à table! »

En causant tous les deux, ils dînèrent gaîment.

Le soir, elle rentra dans son appartement;

Puis, on la vit sourire en taillant une plume;

Mais, triste, elle exhalait ces mots pleins d'amertume :

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l;>4 POÉSIES

« 11 a dû recevoir ma lettre ce matin. . .

» Point de réponse!... Un mot eût changé mon destin.

» Hélas! pom" s'excuser qu'aurait- il pu me dire?

» Ce soir elle l'attend.,, il cède à son empire.

» 11 est tout au bonheur d'un premier rendez-vous !

» Oh! que j'aime à troubler ce souvenir si doux!

» Oui... puisque le bonheur ne m'offre plus de chance,

» Que l'horreur de ma mort,dumoins, soit ma vengeance!

» S'il me voyait mourir lentement dans les pleurs,

» 11 s'accoutumerait à mes longues douleurs.

» Les médecins diraient :

Morte de la poitrine, » Comme sa mère !

Et lui : Faible, d'humeur chagrine, » Elle ne pouvait pas être heureuse ici-bas !

» Et, tranquille, il lirait le journal des débats ;

)? Ou bien il s'en irait, de peur d'être malade,

» Faire au bois de Boulogne un tour de promenade.

» Au spectacle, il serait deux jours sans se montrer;

» Ou bien, pour se distraire, il irait s'enivrer!...

» Mais, s'il me trouve un soir morte dans sa demeure,

)) Il faudra bien alors qu'il m'aime et qu'il me pleure!...

» Sur sa couche funèbre il me veri-a toujours;

» Je placerai ma tombe entre tous ses amours ;

» Le cœur, d'un vain regret, d'un remords se dégage :

» Mais les yeux ne sauraient se sauver d'une image,

» D'une image de mort qui sans cesse poursuit.

» Elle combat le jour, et triomphe la nuit;

» Elle est là, toujours là... Je connais sa faiblesse;

» 11 m'oublie aujourd'hui, sans crainte il me délaisse :

» Mais quand, soudain, ma mort l'aura glacé d'effroi,

» 11 ne m'oubliei-a pas... il sera tout à moi!...

» Morte, je régnerai sur son àme oppressée ;

)) Mon souvenir constant noui'riia sa pensée.

1) Ah! la douleur s'éteint; mais, chez les gens d'esprit,

« L'imagination jamais ne se guérit.

» Son cœur est sec et froid, mais sa tète est brûlante. »

En se parlant ainsi, Napoline, tremblante,

Agitée, écrivait... hélas! son dernier vœu.

Sur le papier tombaient des pleurs, des pleurs de \<ii\,

VA l'on voyait passer sur son jeune visage

Toutes les passions, l'orgueil, l'amour, la rage ;

La colère du cœur, si noble en ses excès ...

Puis la douleur revint plus calme après l'accès. Llle essuya ses yeux, — acheva sa parure. Attacha son manteau, demanda sa voiture; — Et le pas des chevaux dans la cour retentit, Et, comme pour un bal, légère, elle partit.

Souvent elle venait seule ainsi chez ma mère , Et sa femme de chambre, à sa vie étrangère. Bien qu'il fût tard, la vit sortir sans s'alarmer.

Mais, je le sens, déjà vous allez la blâmer. Le désespoir est mal compiis d'un cœur tranquille . nuellc horreur ! direz-vous ; aller mourir en ville ! Chez un jeune homme encor : cela ne se fait pas ! Ne pouvait-on choisir un plus noble trépas?...

Que vous dirai-je, moi? C'était de la démence, Mais c'est toujours ainsi qu'un désespoir commence. Le premier vœu d'un cœur qui souffre, c'est la mort. Si l'on n'a point d'ami pour détourner le sort, Si l'on n'est retenu par une main chérie. Si l'on n'entend au loin une voix qui vous crie

« Arrête, ne meurs pas, espère, vis pour moi ! »

Le désespoir vous mène au crime sans effroi.

Oh! qui n'a ressenti, dans le cours de sa vie.

Cette douleur de feu qui veut être assouvie.

Qui brave le mépris, la honte, le danger ;

Qui veut agir, qui veut, à tout prix, se venger?

Une longue douleur mène à l'indifférence;

Mais un malheur subit... tombé sur Tespérance,

Est un coup imprévu dont le choc étourdit.

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