‹ Poésies complètesChapitre 26 sur 82 · AU PROFIT DES GRECS · texte numérisé non relu

AU PROFIT DES GRECS

Français, dont les beaux jours s'écoulent dans les fêtes, 0 vous qui dans le port oubliez les tempêtes. Aux nobles fils des Grecs faites la charité : Donnez-leur un peu d'or pour acheter des armes. Et secourez enfin dans leurs longues alarmes Les martyrs de la Croix et de la Liberté.

Au sein des voluptés, toi dont le cœur sommeille. Toi qui, joyeux encor des plaisirs de la veille. Rêves si vivement à ceux du lendemain.

De ce réseau tissu par une blanche main. Où l'on voit s'enlacer et la perle et la soie. De ce réseau d'azur daigne entr 'ouvrir l'acier ; Pour ces infortunés sacrifie avec joie L'espoir d'une parure ou le prix d'^un comsier. Vois Athènes mourante et sa gloii'e flétrie,

Et souviens-loi, pour être généreux. Que ce champ dévasté, ce pays malheureux, D'Alcibiade est la patrie 1

Orgueilleux descendants de ces preux chevaliers Qnï, fiers de conquérir la sainte Palestine,

Ont brisé le croissant sur la tombe divine, [tétachez des vieux murs leurs pesants boucliers, Leurs vêtements d'airain et ces longs cimeterres, De votre antique honneur témoins héréditaires; Envoyez ces secours à ces guerriers pieux Dont le saint dévoûment rappelle vos aïeux. Et vous, qui rayonnez d'une splendeur nouvelle, Qui dans l'Europe entière avez porté nos lois. Soldats de la patrie, ô vous dont les exploits Ont acquis à la France une palme immortelle, Pour ce peuple opprimé sortez de leur repos Vos trésors belliqueux, vos casques, vos drapeaux. Lavez vos fers vainqueurs de leur rouille sanglante. Prêtez aux fils des Grecs votre armure brillante; Qu'elle soit pour leur cause un gage de bonheur : De porter votre glaive ils méritent l'honneur. Mais ce n'est point assez; pour finir leur souffrance. Par un plus grand effort hâtez leur délivrance; Partez, et qu'un de vous vole les secourir. Un seul Français peut les rendre à la gloire;

Qu'il leur enseigne la victoire.

Us ne savent plus que mourir !

Qu'il commande; à sa voix tout leur sera facile; Sous ses coups ils verront expirer leurs bourreaux. Les Grecs, pour triompher, n'attendent qu'un héros; Pour abattre Ilion ils n'attendaient qu'Achille !

Les vierges du Piréc à tes soins ont recours. Jeune fille élevée au miheu des richesses : Four elles de ton père obtiens quelques secoui's

Par la ruse de tes caresses. Écoute, et sur leur sort tu verseras des pleurs :

L'aurore se levait, Athène abandonne'e Semblait à ses beaux jours un instant ramenée. Et les vieux monuments, rajeunis sous les fleurs. De la belle Charis annonçaient l'hyméne'e. Admirant sa candeur et ses regards si doux. Chacun la bénissait, et la foule attendrie Pour la félicité des deux jeunes époux Près du temple profane allait prier Marie. Les lauriers du Céphise ornaient l'autel chrétien ; L'écho du Parthénon disait un saint cantique. Et le dernier débris d'une colonne antique

A la croix servait de soutien.

Autour du crucifix on se range en silence ; Alors le saint pontife à l'époux dit ces mots : « Reçois, jeune guerrier, le prix de ta vaillance; » Mais dans tes doux liens songe à venger nos maux, » Veille sur ces remparts que menace la flamme : » Pour défendre son Dieu la Grèce te réclame... » Comme il parlait encor, de lamentables cris Ont jeté la terreur dans l'enceinte sacrée : Les soldats de l'impie en assiègent l'entrée. Et déjà du portique ils foulent les débris. Atteint d'un coup fatal, le pontife chancelle; Sur l'autel du vrai Dieu le sang chrétien ruisselle; Charis, les yeux en pleurs et le sein palpitant. Par l'Ottoman vainqueur se voyant poursuivie. Songeait à son époux et regrettait la vie. Et lui, pour la sauver, mourait en combattant. En vain, dans son espoir, elle priait encore; Un soldat, plein de rage et de sang abreuvé. S'apprête à la frapper ; en vain Charis l'implore : C'en est fait, sur son cœur le poignard est levé. « An-ête, malheureux ! dit une voix cruelle ;

» Pour l'immoler elle est trop belle !

» Sauvc-la! Le Sultan, de ses charmes e'pris, » Bientôt de ta pitié l'accordera le prix. » Mais, du monstre abhorrant la pitié criminelle, La vierge se saisit du poignard menaçant. Et le voile d'hymen est baigné de son sang : Elle aima mieux mourir que de vivre infidèle.

Toi que de Thyménée attendent les douifeurs. Par tes bienfaits, d'Athène arme les défenseurs; Admire de Charis le vertueux courage.

Et de la mort qui suit l'outrage

Préserve au moins ses jeunes sœurs.

Pontifes bienfaisants, protecteurs de l'Église, Vous qui devez aux rois l'exemple des vertus, Servez de ces chrétiens la pieuse entreprise. Raffermissez la foi dans leurs cœurs abattus. Ne vous souvienl-il pas de ces saintes victimes Qui, chassant les faux dieux de leurs autels fumants. Pour convertir les Grecs mouraient dans les tourments? Ah! perdrez-vous le fruit de tant de morts sublimes? Les fils de Mahomet seront-ils triomphants? Et ces Grecs que saint Paul instruisait dans Corinthe, • Ces chrétiens verront-ils, corrompus par la crainte. Dans la loi de l'impie élever leurs" enfants? Non; lÉgUse à vos soins a commis l'innocence; Pontifes courageux, des soutiens de la (]roix. Comme au temps des martyrs, vous défendrez les droits. Le pastem* dont Lutèce admira l'éloquence Pouj' eux saura prier ime seconde fois. Prêtres, au sort des Grecs intéressez le trône. Ne laissez pas leurs malheurs impunis.

Et du trésor sacré détournez une aumône Pour ceux que saint Paul a bénis !

Français, dont les beaux jours s'écoulent dans les fêtes 0 vous qui dans le port oubliez les tempètes;, Aux nobles fils des Grecs faites la charité; Donnez-leur un peu d'or pour acheter des armes, " Et secourez enfin dans leurs longues alarmes Les martyrs de la Croix et de la Liberté !

ENVOI A M. VILLEiMAIN

vil m'avait CHAr.CtE DE flÊTEK POIT. LES CKECS

Vous le voulez : qui peut résister à sa voix

Lorsque l'éloquence commande?

Pour ceux que votre esprit eût charmés autrefois. Pour ces Grecs malheureux voilà mon humble offrande. La Fortune en fuyant m'a ravi ses trésors.

Et ma richesse est dans ma lyre; Je n'ai, pour seconder vos généreux edorts, {}\ie les bienfaits de ceux qui daigneront me lire . Puisse ma faible voix, unie à vos accents. Rendre à ce beau pays tout le bonheur du nôtre !

Puissent un jour les Grecs reconnaissants. Sur le marbre sacré de leurs murs renaissants

Graver mon nom auprès du vôtre !

Paris, 25 août 1825.

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